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Photo prise le 24 juin 1992 à Sarajevo.

Verdict en appel du procès de Ratko Mladic: quelles mémoires de la guerre de Bosnie ?

11 min
À retrouver dans l'émission

Si les Bosniens attendent peu du verdict en appel du "Boucher des Balkans", qui sera rendu cet après-midi à La Haye, beaucoup aimeraient en revanche que les responsables politiques locaux cessent d'entretenir la haine entre communautés. Entretien avec la doctorante en anthropologie Aline Cateux.

Photo prise le 24 juin 1992 à Sarajevo.
Photo prise le 24 juin 1992 à Sarajevo. Crédits : Christophe SIMON - AFP

Traqué pendant plus de dix ans par l’ancienne procureure de la Cour pénale internationale Carla del Ponte, arrêté en 2011, Ratko Mladic avait été condamné à la prison à vie en 2015 pour le génocide des Bosniaques de Srebrenica, où plus de 8 000 hommes et adolescents musulmans avaient été tués par l’Armée de la République serbe de Bosnie. La découverte des massacres, dans une zone pourtant censée être protégée par l’ONU, avait précipité la fin de la guerre et les accords de Dayton.

Certaines des mères de Srebrenica seront à la Haye, tout à l’heure, pour regarder dans les yeux celui qui était alors commandant des forces serbes de Bosnie, celui qui a donné l’ordre de tuer, et dont les avocats avaient fait appel du jugement de première instance

Alors que de nombreux Serbes de Bosnie continuent à défendre Ratko Mladic et à minimiser son rôle dans les crimes, comment construire en Bosnie une mémoire collective et inclusive ?

Il serait faux de dire que Ratko Mladic ne reste pas un héros, célébré par une partie des Serbes de Bosnie, avec des panneaux, des fresques à sa gloire, etc. Mais ces panneaux, ces fresques sont très rarement des initiatives spontanées. Ce sont des actions politiques coordonnées, financées. Et cette glorification politique venue d'en haut se fait dans un pays où il n'y a pas de loi, pas d'appareil législatif sur la négation du génocide.     Aline Cateux 

Au-delà du travail du TPIY, la chambre des crimes de guerre de Sarajevo doit juger les exécutants. Mais ce travail n'avance pas. Dans certains endroits de Bosnie, les victimes croisent tous les jours ceux qui les ont arrêtés, torturés, violés.     Aline Cateux

En Bosnie, il n'y a pas d'initiative institutionnelle ou politique pour une mémoire inclusive, parce que cela irait contre les intérêts des ethno-nationalistes au pouvoir, qui ont tout intérêt à maintenir les tensions entre les gens. Ce début de mémoire inclusive passe par de toutes petites initiatives de survivants qui essayent de rencontrer des gens d'une autre communauté, qui échangent leur expérience de guerre, mais aussi par les vétérans, très actifs depuis très longtemps. Les vétérans sont des gens qu'on n'entend pas beaucoup, puisque personne a beaucoup intérêt à entendre leur parole. Il existe un Centre pour la communication non violente, il réunit les vétérans des trois armées qui se sont battus il y a 25 ans.    Aline Cateux

Intervenants
  • Doctorante en anthropologie sociale. Membre du laboratoire d’Anthropologie Prospective IACCHOS/UCL.
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