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Martin Griffiths, envoyé spécial de l'ONU, salue une délégation lors d'une conférence de presse hier, à Rimbo (Suède)

Yemen. Pourparlers de paix : quel rapport de force ?

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Ce sont les premières discussions directes entre belligérants de la guerre au Yémen depuis 2016 : les Houthis rencontrent en Suède le gouvernement soutenu par la coalition du Golfe. Dans un contexte diplomatique plus favorable, ce pourrait être une première étape avant des pourparlers de paix.

Martin Griffiths, envoyé spécial de l'ONU, salue une délégation lors d'une conférence de presse hier, à Rimbo (Suède)
Martin Griffiths, envoyé spécial de l'ONU, salue une délégation lors d'une conférence de presse hier, à Rimbo (Suède) Crédits : STINA STJERNKVIST / TT NEWS AGENCY - AFP

Avant même la rencontre à Stockholm, les Houthis et le gouvernement ont pris des "mesures de confiance" : l'évacuation de blessés depuis Hodeida vers Oman, l'engagement à libérer près de 3000 prisonniers dans les deux camps adverses, et une garantie de sécurité pour la délégation des Houthis. Ces derniers qui avaient passé 3 mois retenus à Oman lors de la précédente tentative en 2016 exigeaient un passage sauf de Sanaa vers Stockholm, et l'assurance qu'ils pourraient ensuite revenir à Sanaa. Pour la première partie, un avion koweïtien et la présence à bord de l'émissaire Martin Griffiths a rempli le contrat. 

Selon l'ONU, les négociations qui devraient durer une semaine doivent aboutir à une désescalade à Hodeida. Occupé par les rebelles Houthis, le grand port de l'Ouest sur la Mer Rouge est depuis le mois de juin l'objet d'une nouvelle offensive des forces gouvernementales appuyées par la coalition. L'éventualité d'une fermeture complète du port et le risque d'aggraver encore la situation humanitaire désastreuse (choléra, sous alimentation, pénuries...) avait conduit la coalition à temporiser sous la pression internationale. 

Les négociations sur Hodeida seront aussi un teste de "flexibilité" (comme le demande Antonio Gutteres) pour les deux parties. Le gouvernement exige le "retrait intégral" des Houthis de la ville. Les Houthis veulent la réouverture de l'aéroport de Sanaa au trafic civil. Si elles étaient satisfaites, les deux exigences impliqueraient la constitution de deux zones où la guerre cesserait de facto. Même si Hodeida a obtenu un répit en raison des pressions diplomatiques, il n'est pas certain que les belligérants souhaitent arrêter maintenant leur progression territoriale. La trêve signée le 13 novembre reste fragile, des combats sporadiques ont eu lieu vendredi dernier encore.   

L'émissaire Martin Griffiths se refuse pour le moment à évoquer des "pourparlers", il préfère le terme de "discussions". Le chemin est encore long pour de futures négociations de paix que l'ONU souhaite "inclusives". La résolution 2216 reconnaît le gouvernement d'Abd Rabo Mansour Hadi (successeur d'Ali Abdallah Saleh) comme seul légitime, mais des concessions de se part envers les Houthis ne pourraient se faire sans une décision de l'Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis, principales forces de la coalition qui le soutient. Pour les Houthis, il sera difficile de convertir leur emprise territoriale en gains politiques. 

Enfin la guerre a creusé les divisions entre yéménites, en radicalisant l'engagement religieux, et en créant des milices puissantes dans chacun des territoires. Parmi ces milices, celles qui composent la "Ceinture de Sécurité" des loyalistes du Sud sont le fruit de la stratégie des Emirats Arabes Unis. La guerre a aussi réveillé les velléités sécessionnistes au Sud. En début d'année, le "Conseil Transitionnel" d'Aden, formé en mai 2017 (dirigé par l'ex gouverneur démis et l'ex chef de la sécurité), a montré que ses troupes étaient capables de mettre en difficulté celles du gouvernement d'Abd Rabo Mansour Hadi, et par la même occasion le président légal, peut-être plus reconnu par la communauté internationale que par les forces politico-militaires au Yémen.

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Bibliographie

Intervenants
  • anthropologue, directeur de recherche au CNRS, spécialiste notamment du Yémen, a dirigé « Yémen : écrire la guerre », ed. Classiques Garnier.
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