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Frankie Manning et "Pastorale américaine" de Philip Roth

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À retrouver dans l'émission

On fête aujourd'hui le 104e anniversaire du danseur le plus célèbre de swing, Frankie Manning, père du Lindy Hop, qui connaît un renouveau un peu partout en France; un livre parmi les livres de feu Philip Roth, son préféré: "Pastorale américaine"

Benny Goodman et son “Sing sing sing” qui date de 1936, à danser sans modération, si tant est qu’on sache swinguer sur ces rythmes endiablés! Lui savait le faire mieux que quiconque, comme on le voit dans le film Hellzapoppin’, en 1941: Frankie Manning.

Il était né un 26 mai, il y a 104 ans aujourd’hui. Frankie Manning, c’est le père de cette danse swing agrémenté d'acrobaties spectaculaires qu’on appelle le Lindy Hop et qui est (re)devenu un phénomène de société un peu partout en France. Né dans les rues de Harlem inventées par des Afro-américains, inspirées du Charleston et des danses des années folles, le Lindy Hop a rejoint les salles légendaires de New York au milieu des années 30. Si cette danse connaît un regain d’intérêt ces temps-ci, c’est peut-être aussi à cause de la morosité et de l’anxiété du moment, car dans les années 40, le Lindy Hop donnait le sourire aux Noirs américains victimes de discriminations raciales et à la classe moyenne victime de la crise.

Comme le rappelait le journal Le Monde dans une enquête publiée il y a quelques jours sur la vogue du Lindy Hop en France, aujourd'hui en tout cas il y a tout un tas d’écoles et d’associations comme Brotherswing ou Shake That Swing qui organise une fois par mois un bal ouvert à tous. Et naturellement, pour fêter l’anniversaire de leur héros Frankie Manning, les Lindy Hoppers se retrouveront demain soir au Chalet du lac dans le bois de Vincennes et tout le weekend à Bordeaux à l’invitation de l’organisation SwingTime Bordeaux pour des stages de danse, et j’ai demandé, contrairement aux apparences on n’est pas obligé d’avoir vingt ans pour la pratiquer!

La légende veut que le nom « Lindy Hop » se réfère à l'aviateur Charles Lindbergh, premier homme à avoir traversé New York-Paris en avion en 1927. Les journaux titraient sur le fait que « Lindy » avait « sauté » (« hopped » en anglais) l'Atlantique. 

Et comme tout se tient, c’est encore par Lindbergh que nous allons sauter à la deuxième envie du weekend, et donc à Philip Roth, qui dans Le Complot contre l’Amérique imagine qu’en 1941 Franklin D. Roosevelt n'a pas été réélu et que c'est l'aviateur, sympathisant du régime nazi et membre du comité America First,  qui est devenu président des États-Unis au terme d'une campagne teintée d'antisémitisme... Mais après tous les hommages légitimement rendus cette semaine à l’écrivain américain, auteur de La Tache et de Portnoy et son complexe, c’est de mon amour inconditionnel pour Pastorale américaine que j’avais envie de parler. Pastorale américaine, qui reste parmi les romans les plus importants à mes yeux, "mon préféré" à ce jour comme il l’était de son auteur lui-même.

Pastorale américaine raconte l’histoire de Seymour Levov, dit "Le Suédois", athlète hors pair au lycée qui a repris la fabrique de gants de son père à Newark, épousé Miss New Jersey 1949 et donné naissance à Merry, fille de l’Amérique des années 1960, jeune femme au moment de la guerre du Vietnam. Dans l’émission "Répliques" de 1999 qui était consacrée à ce roman, et qu’on peut réécouter grâce au formidable dossier qu’ont fait les webmasters de FC.fr, Alain Finkielkraut et ses invités disaient que la Pastorale était comme la promesse du bonheur américain perdu, détruit par l’irruption de l’Histoire, le passage d’un monde fondé sur l’espoir à un monde de la désillusion. C’est vrai, mais je me souviens que ce qui m’a bouleversée, quand je l’ai lu à vingt-cinq ans, c’est justement le personnage de Merry, la fille, rebelle jusqu’à l’extrémisme, détruisant tout sur son passage, y compris les certitudes de son père, anéanti par ce qu’elle est devenue, elle sa fille adorée, se demandant ce qu’il a raté pour qu’elle devienne une terroriste, et l’incompréhension totale entre les deux générations. L’imbrication entre l’intime et le politique, la difficulté de la filiation, l’amour que les parents portent à leurs enfants même quand ils leur échappent, leur impuissance, l’ingratitude des enfants, et malgré tout la formidable énergie qui se déploie de ce livre... Je crois que je n’ai jamais lu depuis aussi beau et aussi puissant.

Rêvez, quand le jour s’achève / Rêvez, peut-être se réaliseront vos rêves / La vie n’est jamais si noire qu’on croit / Alors rêvez, rêvez, rêvez : voilà ce qu’écrivait Johnny Mercer dans Dream, cette chanson populaire des années 40 que Philip Roth met en exergue de Pastorale américaine, et que le tout jeune Stevie Wonder a chanté en 1963.

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