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Mélanie de Biasio, Boulgakov, "Téhéran Tabou", Harry Gruyaert

4 min
À retrouver dans l'émission

De la musique, du théâtre, un film, un livre de photographies

Où l'on parle ce matin du superbe album Lilies de la très bluesy Mélanie de Biasio, une balade lancinante et haletante qui devrait vous donner envie, si vous êtes dans votre lit, de remuer les doigts de pieds sous la couette!

C’est le troisième album d'une des révélations du jazz de ces dernières années, mais à la différence de Cécile McLorin Salvant dont on parlait la semaine dernière, et qui était l'invitée de "La grande table" cette semaine, l’ambiance musicale chez cette jeune chanteuse belge est plus bleutée que chez sa comparse franco-américaine, sa voix plus feutrée et souvent langoureuse, et elle navigue entre brume trip-hop et ombres blues.

Son deuxième album « No Deal » avait conquis aussi bien le public que les critiques. Pour Philip Selway, le batteur de Radiohead, c’était le meilleur album de l’année 2014. Par la suite, en 2016, elle a sorti l’unique et inclassable « Blackened Cities », une pièce musicale constituée d’un seul morceau de 25 minutes. Sa musique est très contemporaine, hypnotique, captivante… Elle a collaboré avec de grands artistes et notamment Steve Houben, saxophoniste de Chet Baker et de Bill Frisell.

Le disque est sorti hier chez Pias, elle sera en tournée à partir du 18 octobre

Je n’ai pas vu de concert à Marseille, mais à Marseille ce week-end vous pourrez voir La Fuite ! une comédie fantastique de Mikhaïl Boulgakov, mise en scène par Macha Makeïeff au théâtre de la Criée du 6 au 20 octobre puis du 29 novembre au 16 décembre au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis.

Boulgakov, maître du comique et du fantastique, écrit pour le théâtre une comédie, mystique, profonde, drôle, hallucinée. Vaudeville frénétique sur l’exil et la défaite, sur les existences prises dans la folie de la révolution russe. Fil rouge du jeu et du destin. La débâcle et le chaos y sont magnifiés par la drôlerie et l'excentricité de personnages de haut-vol. Très proche du Maître et Marguerite, La Fuite !, pièce alerte au style brillant et insolent, ne sera jamais jouée du vivant de son auteur, victime visionnaire de la censure et de l’arbitraire staliniens.

En huit songes fantastiques, entre cauchemars et illuminations, Boulgakov transfigure le chaos d’une déroute. Dans cette situation d’urgence folle d’un monde ancien qui s’effondre apparaît une galerie de personnages étonnants : civils chassés et état-major vaincu, des êtres jetés hors de leur monde, déclassés, réprouvés, portés par une fièvre de vivre dans le pur style du théâtre satirique russe. S’enchaînent ainsi désirs de revanche, désirs de retour, folie du jeu, morphine et typhus, trahisons, espions drolatiques, amours déchirées, fatalisme malicieux, course irrésistible !

Comme l’écrit Georges Nivat : « Boulgakov se dit le successeur des deux grands poètes comiques qu’il vénère : Molière et Gogol ». En montant La Fuite ! Macha Makeïeff plonge dans son histoire familiale et sa rêverie d’enfance, dans une Histoire collective que l'exil ne cesse de traverser. Un spectacle d’images, de musique et d’étonnements, vaudeville entre mélancolie, fantaisie et humour !

Sinon, à Paris ce sera la Nuit Blanche avec une multitude d’événements dont une nuit de concerts et de performances gratuits à la Philharmonie de 20h30 à 6h30 du matin, pour les noctambules

Mais nous aimerions surtout ce matin attirer l'attention sur un livre d’images et sur un film sortis cette semaine. D'abord _Téhéran Tabou,_ un film réalisé par Ali Soozandeh, qui se penche sur la société iranienne dans son versant intime, la vie amoureuse, la sexualité, la séparation des sexes, la domination des corps et des esprits par les interdits religieux, les tabous… C’est un film dur, mais très beau, très fort, et très original dans sa forme puisqu’il est interprété par des comédiens dont les traits et les silhouettes ont été retracés au dessin, êtres de chair et de sang devenus personnages animés.

Ensuite un coffret qui réunit deux livres en un. Il s’agit des photographies d’Harry Gruyaert, membre de l’agence Magnum Photos, coloriste hors pair, qui a rassemblé dans West/East ses archives des années 1980. Face West : les couleurs clinquantes de Las Vegas. Face East : les couleurs pâles de Moscou. Très beau livre sur les couleurs de l’Histoire édité par Textuel, qu’on peut compléter par le PhotoPoche consacré à Harry Gruyaert, du nom de cette collection unique de livres de photos créée par Robert Delpire, formidable passeur d’images hélas mort la semaine dernière.

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