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La bataille des industries culturelles

59 min

Réconcilier l’économie et la culture pouvait paraître surprenant de la part d’un gouvernement socialiste et communiste et d’un président élu sur la base d’un programme commun aux accents marxisants. Réhabiliter les industries de la culture alors que toute une tradition culturelle et politique, depuis les romantiques au XIXe siècle jusqu’aux situationnistes de mai 68 en passant par les chefs de file de l’Ecole de Francfort, avait opposé la technique et la création, l’industrie et l’art, l’argent et la culture, au point de faire de « l’industrie culturelle » un oxymore péjoratif, c’était s’engager dans un combat douteux et à front renversé. Si Jack Lang s’y engagea néanmoins, dès le début des années 1980, ce fut sous les effets conjugués de trois ordres de réalité.

La première était d’ordre intellectuel : depuis les années 1970, le discours d’une partie de la sociologie de la culture française – celle, en particulier, qui gravitait dans l’orbite du Service des études et recherches du ministère de la Culture – avait commencé ce travail de réhabilitation ou de requalification de la culture de masse. L’article d’Augustin Girard dans la revue Futuribles , en 1978, avait créé un certain émoi, en affirmant que « le progrès de la démocratisation et de la décentralisation [était] en train de se réaliser avec beaucoup plus d’ampleur par les produits industriels accessibles sur le marché qu’avec les “produits” subventionnés par la puissance publique ». Le passage du singulier (« l’industrie culturelle ») au pluriel (« les industries culturelles ») signalait que, désormais, les activités de production et de diffusion de biens culturels faisant appel aux procédés industriels et aux techniques de commercialisation à grande échelle, l’industrie du livre, du disque, du cinéma, de l’audiovisuel pouvaient faire l’objet d’études sérieuses et d’une politique publique.

La deuxième incitation à le faire était d’ordre économique. Depuis le milieu des années 1970, la France était confrontée à la crise économique et au chômage de masse. Il était à craindre que la culture passe au second plan des préoccupations du gouvernement. Pour parer à ce danger et aussi parce que l’entourage de Jack Lang, sinon Jack Lang lui-même, était convaincu que la culture, le secteur culturel alors en plein essor, pouvait être un gisement d’emplois, le ministre de la Culture mit en avant l’argument de la guerre économique pour défendre son budget et justifier l’interventionnisme dans ce secteur. « Economie et culture, même combat » fut un slogan que l’on entendit beaucoup dans les années 1980 et au-delà.

A cela s’ajoutait une troisième dimension, de nature plus politique ou plus culturelle, si l’on veut, en donnant à la culture un sens large, anthropologique. Le déficit de la balance commerciale, grand sujet d’époque, n’était pas seulement un problème économique : c’était aussi un problème d’indépendance et d’identité nationales.

Laurent Martin

La table ronde "La bataille des industries culturelles"
La table ronde "La bataille des industries culturelles" Crédits : Eugénie Pascal
La table ronde "La bataille des industries culturelles" Eugénie Pascal©Eugénie Pascal
Intervenants
  • Historien, ancien Président de la BNF, producteur de l'émission "Concordance des temps" sur France Culture
  • économiste de la culture, professeure à Sorbonne Paris Nord, co-présidente du Cercle des Economistes.
  • ancien président de la Fondation Alliance française, fondateur et ancien président d'Arte
  • Professeur d'histoire à la Sorbonne-Nouvelle (Paris 3), spécialiste de la politique culturelle de la Ve République
  • Directeur général des Nouvelles éditions indépendantes (Les Inrocks, Radio Nova, Rock en Seine, Cheek Magazine)
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