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Altruisme

3 min

On reproche souvent aux économistes leur approche réductrice des relations sociales. L’homo oeconomicus est individualiste, rationnel et terre-à-terre. Il se préoccupe uniquement de son bien-être qu’il optimise scientifiquement. Jamais il ne perd son temps jamais il ne manque une occasion de gagner de l’argent ou de le dépenser de manière optimale pour son propre bonheur ou, à la rigueur, celui de ses enfants. Bien sûr, la réalité est toute autre. Qui n’a jamais pris de décisions délicieusement irrationnelles ? Qui n’a jamais perdu son temps à bailler aux corneilles ou à surfer sur internet sans plaisir véritable ?

A ceux qui se posent des questions sur cette vision simplifiée du monde, je recommande le dernier numéro de la Revue Française d’Economie – un numéro spécial intitulé « économie expérimentale et comportements », et en particulier l’article de Jean Tirole qui fait le point sur la prise en compte de la psychologie humaine dans la théorie économique. Au lendemain de Noël, on lira avec intérêt le passage sur la générosité, qui serait motivée par trois facteurs : la générosité intrinsèque (nous sommes spontanément généreux), la générosité extrinsèque (nous sommes incités, par différents dispositifs, à être généreux) et la « volonté de paraître », autrement dit la volonté de donner une bonne image de soi aux autres mais aussi à soi-même. Une illustration de ce dernier motif est le vote par correspondance. En principe, le vote à distance devrait faciliter la participation au scrutin. Mais dans certains cantons suisses où cette possibilité a été introduite, on a observé au contraire une baisse de la participation. Il s’agissait de cantons ruraux où l’on se déplace au bureau de vote pour montrer qu’on est un bon citoyen, mais dès lors que le vote n’est plus visible la motivation s’étiole. Dans un tout autre domaine, on peut avancer qu’indépendamment de toute considération morale, il ne faut surtout pas rémunérer le don du sang : l’incitation financière pourrait paradoxalement démotiver les donneurs, lesquels ne voudraient pas que leur don soit mal interprété.

Ces considérations peuvent aussi être appliquées aux choix de politique économique. Par exemple, il vaut mieux subventionner les chaudières écologiques que les véhicules hybrides. En effet, la chaudière n’est pas un équipement visible, de sorte que la volonté de paraître pour cet achat est limitée à l’inverse, le conducteur d’un véhicule hybride est fier de contribuer à la réduction des émissions de CO2 et la puissance publique peut s’appuyer sur cette motivation. De manière générale, les incitations financières doivent être réservées aux domaines où l’action des individus ne peut pas être observée de tous (mais seulement du fisc, bien obligé de procéder à des vérifications). Pour le reste, il faut compter sur la générosité intrinsèque et sur la « volonté de paraître ».

Une « volonté de paraître » qui parfois ne suffit pas, notamment au sein de l’Union européenne où l’année 2013 n’a pas été marquée par l’entraide et la magnanimité. Entre les fêtes, nos dirigeants pourraient relire le Traité. Le mot « solidarité » y apparaît dix fois. Une belle idée de cadeau pour les Rois.

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