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Curieuse Albion

3 min

Aujourd’hui et demain se tient à Bruxelles la première réunion du Conseil européen depuis les élections de mai, avec un sujet de la plus haute importance : la désignation d’un candidat pour la présidence de la Commission. Selon le traité sur l’Union européenne (article 17 alinéa 7), et « en tenant compte des élections au Parlement européen », le Conseil propose un candidat pour la présidence de la Commission, mais c’est le Parlement qui décide. Or, le Parlement a pris les devants : dès le début de la campagne électorale, les grands partis ont pré-désigné leurs candidats à la Commission et fait comprendre aux électeurs qu’à travers eux on votait en fait pour un Président. Le Parti Populaire Européen ayant obtenu le plus grand nombre de sièges (avec entre autres les voix de l’UMP), c’est normalement Jean-Claude Juncker qui doit prendre la présidence de la Commission, en remplacement de José Manuel Barroso. Seulement voilà, le Conseil n’a pas la même lecture du traité et le Premier ministre britannique David Cameron a carrément menacé d’avancer le referendum sur l’Europe prévu en 2017 si Juncker, qu’il juge trop « fédéraliste », était élu. Avec l’euro-bashing ambiant, on imagine le résultat du referendum.

Certes, Jean-Claude Juncker, en dépit de ses qualités, n’est pas exactement le candidat du renouveau. En tant que Ministre des finances du Luxembourg de 1989 à 2009, Premier ministre de 1995 à 2013 et Président de l’Eurogroupe de 2005 à 2012, il est l’un des concepteurs de l’Europe de Maastricht (qui a échoué) et de la gestion discutable de la crise. Mais Angela Merkel, qui avait au départ soutenu sa candidature, peut difficilement le renier aujourd’hui. Quant aux gouvernements de gauche, plutôt que de s’opposer frontalement au Parlement, ils ont finalement préféré échanger leur soutien à Juncker contre un assouplissement des ajustements budgétaires ou une initiative européenne en faveur de l’investissement. Le pauvre David Cameron pourrait bien voir échouer sa manœuvre.

Alors, le Royaume-Uni va-t-il nous quitter ? Un rapport récent du Centre for European Reform explique à quel point ce serait irrationnel. Le pays pourrait certes conserver l’accès au marché unique en participant, comme la Norvège, à l’Espace économique européen, ou en négociant un accord bilatéral, comme l’a fait la Suisse. Mais dans les deux cas, il perdrait toute influence sur les politiques européennes et, détail non négligeable, devrait toujours contribuer au budget de l’Union, comme le font la Norvège et la Suisse, dans des proportions similaires. Rien à gratter de ce côté-là. Or, renoncer à son accès au marché unique serait suicidaire pour un pays qui réalise la moitié de son commerce avec l’Union européenne, sans parler du risque bien réel que la City se relocalise à Francfort. Et tout ça pour quoi ? Pour prétendument lutter contre l’excès de régulations qui briderait le dynamisme de l’économie britannique. Les indicateurs de l’OCDE sont pourtant formels : l’appartenance à l’Union n’a nullement empêché les britanniques de conserver un modèle économique beaucoup plus libéral que celui de l’Europe continentale. L’Europe est bien plus compréhensive que ne le pense la majorité des citoyens de Sa Majesté. À leur décharge, ils ne sont pas les seuls à se méprendre sur ce que l’Europe fait et ne fait pas.

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