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Les idées claires à la FED

3 min

Devinez-vous pourquoi j’ai ce matin ce sourire léger ? Eh bien, parce que le Président Obama a désigné hier Janet Yellen pour diriger la Réserve fédérale américaine – la Fed. Petit rappel pour nos auditeurs qui ne sont peut-être pas tous des Fed watchers avertis. Le mandat du président actuel, Ben Bernanke, expirera fin janvier. Les tractations pour sa succession ont commencé depuis plusieurs mois. Début septembre, le candidat favori du Président Obama était le flamboyant Larry Summers, professeur d’économie à Harvard. Mais son action vigoureuse en faveur de la dérégulation financière, lorsqu’il était secrétaire d’Etat au Trésor sous Clinton, n’était pas du goût des Démocrates. Summers a finalement jeté l’éponge, et c’est Janet Yellen, actuelle vice-présidente de la Fed, qui a été choisie pour succéder à Bernanke. Marc, peut-être pensez-vous que je me réjouis parce que c’est une femme. Eh bien pas du tout, même si cela ne me déplaît pas. Non, je me réjouis tout simplement parce que cette nomination est rassurante. En effet, la politique monétaire américaine a une importance capitale non seulement pour l’économie américaine, mais pour l’économie mondiale. Pourquoi ? Parce que le dollar est la monnaie de financement dominante du système bancaire international, de sorte que la Fed influence le crédit bien au-delà des frontières. En cas de crise, la réactivité de la Fed est clé pour éviter le collapsus général. Par ailleurs, plusieurs monnaies dans le monde demeurent ancrées sur le dollar, si bien que lorsque le dollar baisse, bien des monnaies plongent avec lui. Bref, la responsabilité internationale du futur président de la Fed est telle qu’à vrai dire il aurait été légitime de consulter le G20 avant cette nomination.

Mais qui est Janet Yellen ? Professeur d’économie à Berkeley avant de rejoindre la Réserve fédérale en 1994, conseillère pendant deux ans du gouvernement Clinton, c’est une spécialiste de l’emploi et de la théorie macroéconomique. En 1985, elle a écrit, avec son mari, le futur prix Nobel George Akerlof, un article démontrant que si tous les individus d’un pays ne se comportent pas de manière parfaitement rationnelle, ce qu’on ne peut en effet exclure, alors les résultats des modèles économiques s’en trouvent affectés de manière non négligeable, au sens mathématique du terme. On peut donc espérer de sa part un certain recul vis-à-vis des modèles utilisés dans les banques centrales : une présidente non dogmatique, soucieuse du chômage autant que de l’inflation. Par ailleurs, Janet Yellen a montré qu’elle est assez réaliste sur le fonctionnement des marchés financiers. La Fed aura bien besoin de son doigté pour sortir sans heurt de sa politique actuelle extrêmement accommodante. Enfin, elle aime la transparence. A la Fed, elle a plaidé pour un objectif explicite d’inflation (2% comme dans la zone euro) et pour des annonces claires sur la politique monétaire à venir. Une clarté en rupture totale avec Alan Greenspan qui aurait naguère déclaré à un sénateur : « si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé ». Le même Alan Greenspan qui aujourd’hui est sous le feu des critiques pour avoir laissé faire le crédit pas cher, avec les conséquences que l’on sait. Les idées claires à la tête de la Fed, n’est-ce pas une bonne nouvelle ?

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