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L’oncle Sam joue à la roupie

3 min

Vous qui avez admiré l’ascension des BRIC – Brésil, Russie, Inde et Chine - vous serez consterné d’apprendre que deux de ces géants font désormais partie d’un groupe moins glorieux, dit des « cinq fragiles » - cinq grands pays émergents aujourd’hui dans la tourmente des marchés financiers. Cette communauté de destin unit en effet le Brésil et l’Inde à trois autres grands émergents que sont l’Indonésie, la Turquie et l’Afrique du Sud. Les cinq ont en commun des déficits « jumeaux » (déficit budgétaire et déficit extérieur). Ces dernières années, ils n’ont pas eu de difficulté à financer ces déficits : le crédit étant abondant et bon marché aux Etats-Unis, le sport préféré des investisseurs internationaux était d’emprunter aux Etats-Unis, à taux d’intérêt faibles, pour placer dans les pays émergents où les rendements étaient supérieurs. Mais la croissance s’est essoufflée dans ces pays, sur fond d’incertitudes politiques, alors que dans le même temps la Fed commençait à réduire le débit du robinet du crédit. Résultat : un reflux des capitaux, qui a fait plonger les bourses et les monnaies locales : entre -10 et -15% depuis octobre dernier pour la lire turque, le real brésilien, le rand sud-africain, la roupie indonésienne. Quant à la roupie indienne, c’est l’été dernier qu’elle a piqué du nez, dès la première annonce de la Fed d’un retour progressif de sa politique à la normale.

Pour stabiliser la situation, les banques centrales n’ont d’autre choix que de relever leurs taux d’intérêt, ce qui n’arrange en rien la situation économique, l’investissement s’en trouvant renchéri. Alors, les esprits s’échauffent. Le nouveau président de la banque centrale indienne, le très brillant Raghuram Rajan, accuse sans la nommer la Fed de ne pas jouer la coopération monétaire. Pour lui, les émergents ont soutenu l’économie mondiale pendant la crise financière par des politiques expansionnistes. Mais maintenant, alors que l’activité ralentit dans ces pays, la Fed ne renvoie pas l’ascenseur. Evidemment, les Américains ne voient pas les choses de cette manière. Pour eux, au contraire, c’est la politique très expansionniste de la Fed qui a sauvé le monde durant la crise. Maintenant, il en va de sa responsabilité de resserrer le crédit afin d’éviter la formation de nouvelles bulles spéculatives. Si les émergents souffrent, c’est qu’ils se sont laissés aller au déficit lorsque l’argent était facile. Ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Le fond de l’affaire, c’est que la coordination internationale des politiques monétaires est un leurre. Dans le monde d’aujourd’hui, les banques centrales sont indépendantes des gouvernements, avec un mandat interne bien défini - stabilité des prix, plein-emploi. Leurs stratégies sont tendues vers ces objectifs pas question de s’en écarter pour faire plaisir à tel ou tel pays. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Sauf que, fait nouveau, la prospérité des vaches américaines dépend désormais de la santé de leurs cousines brésiliennes, indiennes, chinoises. Une page s’ouvre pour l’oncle Sam, qui ne peut plus tout à fait considérer que le dollar est sa monnaie mais le problème des autres.

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