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Al-Qaïda ou la tache

4 min
À retrouver dans l'émission

Figurez qu’en tête des meilleures ventes de livres aux Etats-Unis, au mois de février, là, il y a à peine deux mois, se trouvait justement, une enquête sur la guerre américaine contre Al-Qaïda.

C’est sur le site du magazine Books qu’on apprend ce succès éditorial, mérité semble-t-il, car le livre est fiable et extrêmement documenté. Peter Bergen, son auteur, montre combien de malentendus et d’erreurs de calcul ont foisonné dans cette si longue guerre, côté américain comme côté Al-Qaïda.

On n’épiloguera pas sur la critique de l’administration américaine, on la connaît trop bien. Mais on retiendra le médiocre bilan de Ben Laden selon l’auteur.

L’originalité de l’ouvrage est sans doute là, dans cette contestation d’une quelconque réussite du chef de la base. Le verdict est sévère : aux yeux de Bergen l’attaque du 11-Septembre fut, au minimum, une erreur stratégique. La preuve ? La réaction américaine a été complètement mésestimée, l’état-major de l’organisation décapité, et le sanctuaire afghan perdu. Ca fait beaucoup…

Alors, Ben Laden as a loser ? Portrait de Ben Laden en perdant ?

Jason Burke qui s’est saisi du livre dans les colonnes de The Observer conclut qu’ « un rapide survol de l’islam militant suffit à comprendre que l’influence de Ben Laden et de son organisation est plus limitée que le laisse croire la couverture médiatique dont il bénéficie. »

Il ajoute ce que par ailleurs on sait : nombreux sont les mouvements au Maroc, en Algérie, en Indonésie, en Irak, au Pakistan, au Bangladesh ou encore en Inde, qui, s’ils sont proches d’al-Qaida idéologiquement parlant, n’ont aucun lien avec le réseau.

Mais faut-il imputer cette organisation distendue, relâchée, de l’entreprise islamiste radicale à une perte de leadership ?

On peut tout autant porter cette prolifération, qu’elle soit plus ou moins contrôlée, à son actif. On a déjà longuement glosé sur le fonctionnement d’Al-Qaïda comme une marque, une signature, dont on pouvait se saisir. On y lisait la preuve d’une remarquable adaptation de l’organisation à l’ère du branding.

Ajoutons que cette faiblesse des liens entre les parties a été un atout formidable. Car c’est probablement l’une des explications à la très longue traque du chef terroriste.

Je m’explique : il y a tout juste un an, le journal d’information Slate consacrait une série d’articles à la recherche d’un autre ennemi public n° 1 : Saddam Hussein (Comment la traque s’était déroulée, comment la CIA avait découvert où le sanglant dictateur se cachait, etc…)

Pourquoi cette réussite américaine, dans un cas, après seulement neuf mois de cavale, quand s’interroge l’auteur de la série, Ben Laden, lui, court toujours ?

L’une des explications avancées est le rôle clef joué par la théorie des réseaux sociaux dans la localisation de Saddam Hussein. Un rôle qu’elle n’a pas pu jouer, ou de manière mineure, dans le cas Ben Laden.

Théorie des réseaux sociaux ? c’est très simple à comprendre : les services de renseignements américains avaient mis au point un graphique au cœur duquel se trouvait Saddam Hussein, un petit disque jaune. Ensuite ils avaient dessiné des lignes qui, reliant les photos les uns aux autres, indiquaient les liens entre individus et familles influentes, les interconnexions de ces familles par le mariage, etc…Ce graphique était devenu, au fil des mois, un véritable organigramme du réseau social des hommes recherchés de Tikrit. Et allait s’avérer extrêmement efficace.

Mais très difficilement exportable au cas Ben Laden. Car autant le réseau de Saddam Hussein était rigide (des connexions établies au fil de ses années de pouvoir) autant celui d’Al-Qaïda est fluide. Au point qu’il faut se le représenter, nous dit-on, non pas comme une toile en réseau, mais comme un ensemble flottant et informe.

Dans la dernière partie de son histoire, Al-Qaïda n’est plus l’organisation structurée qui met en œuvre le 11 septembre. Sous la pression américaine, elle a changé de forme pour finir par ne plus ressembler qu’à une tache, dit un observateur.

Oui, une tache ( a blob, dit le théoricien de la chose) un pâté au bords mouvants, autrement dit presque impossible à anticiper ou pister.

On en saura plus dans les jours qui viennent sur les méthodes employées par les renseignements américains, mais cette chose informe qu’est devenue Al-Qaïda, qui signe le demi-échec de Ben Laden, fut paradoxalement, sans doute, l’un des secrets de sa longévité...

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