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Bonnes et mauvaises mères

3 min
À retrouver dans l'émission

Ah pauvres petits Allemands, qui ne connaissant pas les joies d'avoir une nounou. Les mères allemandes ne travaillent pas. Aucune chance pour eux de voir arriver dans une bourrasque soudaine la merveilleuse silhouette de Mary Poppins.

Ah comme elle m'a fait rêver Mary Poppins avec sa manière si personnelle de ranger les chambres et puis avec son petit bout de sucre qui rend la vie moins amère.

Le magazine Books vient de sortir son numéro spécial d'été et il est tout simplement remarquable. Son thème ? Les mères, les bonnes, les mauvaises, et les mères tout court.

Je me suis précipitée sur l'éloge de la nourrice, un article aussi rusé que talentueux traduit du New-Yorker .

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Ca pourrait s'intituler de l'art d'être nourrice. Car la nourrice, si l'on en croit la littérature pour les enfants, c'est bien plus important que tout.

C'est simple, à l'époque victorienne, les mamans sont toujours mortes dans les contes, et si par hasard celle que l'état civil désigne comme la mère est vivante, alors c'est une femme, forcément lointaine, occupée dans le monde, et pas une maman. D'où l'importance, décisive, des nourrices.

Rappelez-vous l'obsession sourcilleuse de Mr. Banks à trouver une nourrice pour ses enfants ( pour ceux qui ne connaissent pas leur classique, c'est toujours Mary Poppins). La raison de cette quête anxieuse ? Eh bien, l'auteur de l'article, qui semble une personnalité piquante, Stacy Schiff, l'a trouvée: il faut bien que quelqu'un comprenne les enfants ! Et Dieu sait si les parents en sont incapables !

D'ailleurs, ce n'est pas difficile, dès qu'elle apparaît, la nourrice, les petits laissent libre cours à l'expression de leurs rêves et de leur fantaisie. Quand les enfants volent dans les contes, sur des lits à baldaquins, des poussières de fées ou des tapis, c'est toujours que leur mère n'est pas dans les alentours. En revanche combien d'aventures vécues avec la baby-sitter quand les parents ont claqué la porte ?

Et puis la nourrice, c'est une présence réconfortante parce que voilà enfin un adulte qui n'attend rien de l’enfant. Un adulte davantage soucieux de son bonheur que de son potentiel. Il paraît que tous les enfants savent que les nourrices sont plus douées pour l'éducation que n'importe quel parent.

Mais leur plus grande vertu, poursuit l'article, c'est d'offrir aux enfants la simple fréquentation d'un autre quotidien. Une nounou, ça ne fait pas les mêmes tartines que les parents, ça tient pour négligeable ou risible une règle intangible de l'univers familial, en revanche ça porte aux nues ce que les parents considèrent n'être que lubies.C'est pour les enfants le premier contact avec la relativité : voilà qu'existent (donc) des réponse différentes, voilà que peut prévaloir une autre logique. Quel soudain vent de liberté ! C'est ça, la bourrasque de Mary Poppins.

Bref, l'article à lire dans Books est un vrai régal à mesure que l'on progresse dans ce portrait de l'enfance magique, magique parce que la mère n'est pas là, la culpabilité décroît. C'est délicieux. Mais il faut être honnête : on n'a pas tous la chance d'avoir Mary Poppins à la maison. On en n'a donc pas fini avec ce sentiment d'être toujours en défaut, d'amour, d'attention, de présence.

Ce problème, les mères allemandes l'ont résolu autrement. En faisant le choix de garder les enfants. Une conviction très largement partagée Outre-Rhin : on ne peut pas avoir des enfants et mener une carrière professionnelle. Tout cela puise bien sûr son explication dans l'histoire longue de l'Allemagne, dans la culture protestante qui a conforté les femmes dans le rôle de la bonne mère, dans l'influence des pédagogues du 18ème siècle qui leur ont dévolu le rôle de purifier la société entière en purifiant d'abord - par l'éducation et l'exemple - l'espace familial. C'est simple, explique la féministe Barbara Vinken au magazine, « Pour émanciper l'enfant, on a réduit la mère en esclavage ».

Alors absente ou esclave, dilemme cornélien. Le numéro de Books, en tout cas, est un petit morceau de sucre pour rendre la vie des mères moins amère. A partager avec les pères, bien sûr.

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