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Fukushima, le cygne noir

3 min
À retrouver dans l'émission

Fukushima est-elle vraiment un cygne noir ? Non pas un signe à la façon main de Dieu, non un cygne palmipède ?

Comment Fukushima serait-elle un cygne noir ? Vous allez voir...

L'enchainement des catastrophes qui a mené à l'accident nucléaire de Fukushima était hautement improbable, mais pas impossible. Un sismologue déjà, au Japon, dit qu'il l'avait prévu, qu'il avait mis en garde ses supérieurs. Et comme avec le 11 septembre ou la crise financière, même si personne ou presque n'avait vu venir les événements, on ne va pas tarder à reconnaître qu'ils étaient prévisibles.

Alors, pourquoi sommes-nous toujours sidérés devant les catastrophes ou les révolutions ? Edgard Morin pourtant nous a déjà avertis : l'imprévisible est hautement probable. Pourquoi sommes-nous si convaincus du contraire, que l'improbable se confond avec l'impossible ? Ce n'est guère envisageable, gardons-nous de l'envisager, voilà comment nous agissons spontanément.

Pourtant nous sommes entrés dans un monde incertain, selon le titre d'un livre prémonitoire de trois sociologues au tournant des années 2000, un monde d'incertitudes. Plus nous voulons maîtriser la nature, plus nous créons l'incertitude. Dans ce registre, le risque est le versant noir de la technologie.

Le problème, c’est que nos esprits ne se sont pas adaptés à ce monde incertain : nous refusons toujours de croire au pire (la catastrophe nucléaire) ou au meilleur (les révolutions arabes) jusqu'à ce que ce pire ou ce meilleur advienne.

Un homme a cherché à comprendre pourquoi. Et cet homme c'est un trader libanais aujourd'hui retiré des affaires, installé en Grande-Bretagne et devenu philosophe (tout ça ne s'invente pas). Il est l'un des plus grands penseurs de l'incertitude. Nassim Nicholas Taleb a connu un succès énorme énorme dans le monde anglo-saxon avec son livre, traduit chez nous, aux Belles Lettres : Le Cygne Noir.

C'est un livre complètement déroutant et assez génial, il faut le dire, en tout cas très stimulant, fourmillant d'anecdotes.

La principale : cette histoire de cygne noir. J'y reviens parce que c'est la métaphore. Quand vous l'avez comprise, vous savez où Taleb veut vous emmener.

En effet, dans l’hémisphère nord, (je vous l'apprends peut-être) tous les cygnes sont blancs. Avant qu'on en découvre des noirs en Australie, tardivement au 18ème siècle, tout Européen de bonne foi aurait juré que les cygnes noirs n’existaient pas, tout bonnement...

Et pourtant ils existent… Autrement dit, le cygne noir, c'est cet événement inattendu qui vous fait tout reconsidérer, qui fait vaciller votre ancien système de croyances, qu'il vous propulse dans un monde improbable.

L'accident nucléaire fait partie de ces « cygnes noirs ». Oui, Fukushima est bien un cygne noir. Comme les crises financières de 29 ou de 2008.

Un cygne noir se repère à trois caractéristiques. C’est simple.

D'abord, on l'a dit, c'est une « observation aberrante », on commence par ne pas en croire ses yeux.

Ensuite, l'événement a des conséquences considérables, ça vaut pour le séisme japonais comme pour la révolution tunisienne.

Et enfin, on essaie toujours d'élaborer à son sujet, et après coup, des explications qui le font paraître plus prévisible et moins aléatoire.

Et en effet, il y a toujours des beaux cerveaux qui savaient tout avant tout le monde et qui ne tardent pas à le faire savoir. Et nous, bonne pâte, on s'habitue ensuite à considérer qu'ils avaient raison, et qu'après tout, un cygne noir, ce n'est pas si étonnant.

Mais il faudra quand même du temps pour qu'on s'habitue à cette triple catastrophe qui frappe le Japon.

Le temps d'analyser si le système de sécurité des centrales était en grave défaut, ou si vraiment ce qui est advenu était impossible. Impossible à anticiper, comme l’apparition d’un cygne noir. Et là, ca veut tout simplement dire qu’il n’y a rien à faire. Les meilleurs systèmes de sécurité ne peuvent prévenir que ce que ne sommes même pas en mesure d’envisager : comment paramétrer l’impossible ?

C’est pourquoi la leçon de Nassim Nicholas Taleb redevient d’actualité : il y a au moins une chose sure dans un monde incertain, il faut s'attendre à être surpris…

Et surpris, hébétés, nous ne cessons de l'être depuis quelques mois, les cygnes noirs volent en bande.

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