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La "Big society" ou la réinvention d'une tradition conservatrice

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Que mettre dans son panier ? A un an des présidentielles, c’est la question que les partis politiques vont maintenant se poser. Chaque formation va plancher, planche déjà, sur les idées : où et comment les glaner ?

Et puis il ne suffit pas de les ramasser, il faut donner à la récolte un air de cohérence. Il faut agencer les trouvailles pour qu’elles fassent sens.

Chaque parti doit habilement donner l’impression de réinventer la tradition à laquelle il appartient.

David Cameron et les nouveaux conservateurs britanniques ont, quant à eux, réussi ce tour de magie par lequel le neuf paraît ancien, et l’ancien tout nouveau. Ils ont su réagencer des éléments de la grande tradition conservatrice et de l’héritage justement compris de Margaret Thatcher. Ils ont joué la carte de la « big society » et ils sont arrivés en tête.

« Big society » : comment rendre compte de cette expression ? La traduction n’est pas évidente, mais l’idée est simple : plutôt qu’à l’Etat et aux politique publiques, c’est au corps social de se soigner lui-même. Voilà l’idée forte : la société ne va pas bien ? Convoquons pour la restaurer les ressources de la société civile, de la famille, de l’Eglise.

La « Big society » fait appel à la responsabilité de chacun, à la conscience du citoyen comme au cœur du croyant. Bref, elle implique la charité et le bénévolat. So british .

Bien sûr, cet habillage théorique est compatible avec de larges coupes dans le secteur public, puisqu’il récuse le recours à l’Etat, mais il va au delà d’un simple programme d’austérité. Cameron n’est pas l’héritier de Margaret Thatcher, en tout cas pas seulement.

La Dame de fer, souvenez-vous en, disait : « la société, quelle société ? » Pour elle, seul l’individu comptait. Tout au contraire, les new conservatives, les nouveaux conservateurs, croient à l’existence de la société, et même à sa résilience. En cela, ils puisent dans une veine de l’histoire du parti, que l’ultra-libéralisme de la période Thatcher avait occultée. Dans cette vieille tradition conservatrice, on pensait qu’il était du devoir des riches de protéger les pauvres. Que le parti avait une mission fédératrice, une mission de réconciliation. Et il faut avouer que David Cameron se coule à merveille dans cette image de patricien. So british .

Sans qu’on le perçoive bien de ce côté-ci de la Manche, ce renouvellement théorique est comparable au travail effectué par Tony Blair avec le New Labour. Le New Labour, et la « troisième voie » qui fut en son temps caressée par le Parti socialiste.

La droite française verra-t-elle, à son tour, dans la « Big society », une source d’inspiration ?

Mais le problème, c’est qu’en politique, les idées ne sauraient suffire, il faut aussi qu’elles survivent à leur transposition dans le réel. Cameron a beau répéter que la « Big society » est sa mission en politique, qu’il se battra tous les jours pour qu’elle advienne, c’est malheureusement un peu plus délicat.

Prenons l’exemple des écoles : l'idée que les parents puissent monter leur propre établissement avait séduit les Britanniques pendant la campagne : si l'école publique locale était jugée de trop mauvaise qualité, des groupes de parents étaient autorisés à créer leur propre établissement, financé par l'État - l’Etat qui en échange, évidemment, fixait quelques règles. Mais voilà : seules neuf écoles de parents, nous apprend La Tribune , ont obtenu le feu vert pour ouvrir leurs portes en septembre prochain. La difficulté est évidente : la plupart des parents d'élèves n'ont ni l'énergie ni le temps de s'occuper de cela.

La transposition dans le réel, c’est aussi le constat que les associations caritatives sont les premières victimes des coupes budgétaires. La municipalité de Liverpool avait accepté d’être l’une des quatre zones pilotes de mise en place de la « Big Society ». Concrètement il s’agissait de redonner plus d’autonomie aux autorités locales et de stimuler la culture du bénévolat. Mais c’est déjà terminé ou presque : la mairie a annoncé qu’elle suspendait sa participation au programme, expliquant qu’elle ne pouvait assurer son fonctionnement tout en subissant la baisse de 100 millions de livres (119 millions d’euros) des subventions aux organisations locales.

A ce rythme la « Big society » ne va pas tarder à être tuée dans l’œuf. Et seule apparaîtra la brutalité des coupes dans les budgets publics. Ces coupes qui ont rassemblé samedi dernier 300 000 personnes ( so french ? ) dans les rues de Londres, du jamais vu depuis la guerre en Irak.

Décidément, en politique comme à la campagne, il est bien difficile de remplir son panier on risque toujours de récolter des fruits gâtés…Mais la récolte des idées ne fait que commencer !

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