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La crise grecque et l'Europe

3 min
À retrouver dans l'émission

Il y a un an la chancelière Angela Merkel l'avait formulé ainsi : « il s'agit, en un sens, d'une lutte entre la politique et les marchés ». C'était bien dit, même si aujourd'hui, nous explique l'économiste Nicolas Véron, ce n'est pas tant la cupidité qui explique la crise qui menace l'Europe entière que la peur, la peur des investisseurs obligataires qui ne veulent plus des dettes grecques et portugaises. Mais il s'agit bien d'une lutte, et là Angela Merkel a raison.

C'est pourquoi, j’avoue, les bras m’en sont tombés quand j'ai lu la « reddition » de Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe dans une interview au magazine allemand Focus , il a tout bonnement déclaré que la souveraineté de la Grèce serait « énormément restreinte » dans les mois qui viennent. « Par exemple, a-t-il expliqué, pour faire face à la prochaine vague de privatisations, il leur faudra adopter un système se fondant sur le modèle de la Treuhand allemande". Et en effet le Parlement grec a dû voter la création d'une agence de privatisation qui sera pilotée par…des experts européens ! Comme en Allemagne de l'Est après la Chute du Mur, où cet organisme, modèle aux yeux de JC Juncker, avait supervisé la privatisation de 14 000 firmes en mettant presque les deux tiers de leurs salariés au chômage.

Souveraineté énormément restreinte...Une lutte entre la politique et les marchés.

Ce mois-ci, le magazine britannique Prospect titre Will Greece destroy Europe ? Est-ce que la Grèce va détruire l'Europe ? Mais, sans vouloir être alarmiste, plus préoccupant que la destruction de l'Union elle-même, n'est-ce pas son idéal, la démocratie, que cette crise est en train de mettre en péril ?

Comment ne pas s'inquiéter d'entendre un homme aussi éminent que M. Juncker parler sans frémir d'une restriction de la souveraineté ? Le rêve des experts, l'inconscient technocrate s'exprimant sans frein...débarrassez-nous du peuple et nous trouverons la solution !

Quelle bouffée d'air que de mettre en parallèle la réflexion du célèbre économiste indien Amartya Sen publiée par Le Monde ce week-end. Il y exprimait, lui, toute sa peine de voir l'Europe oublier son histoire et sa tradition, celle de la quête démocratique inaugurée par le siècle des Lumières. Et de nous mettre en garde, solennellement, contre le danger qui menace aujourd'hui le régime démocratique en Europe, oui, la mise en péril du régime démocratique ni plus, ni moins. Par qui ? Eh bien, par les gardiens de la finance.

Qu'ils s'expriment, certes, dit-il, mais certainement pas qu'on leur obéisse au doigt et à l'oeil. Ils n'ont pas à dicter leur loi aux gouvernements librement élus. « Le diagnostic des problèmes économiques tel que l'établissent les agences de notation n'a en rien le statut de vérité absolue, contrairement à ce que ces dernières prétendent ». Et Amartya Sen nous rappelle que le travail de certification des établissements financiers et des entreprises accomplis par ces agences avant la crise économique de 2008 était si lamentable que le Congrès américain avait envisagé d'engager des poursuites contre elles.

Pour les contrer, il faudrait un pouvoir exécutif au niveau européen qui pour l'instant... n'existe pas. Toujours la lutte de la politique et les marchés.

Il faut prendre garde à ne pas abdiquer l'idéal démocratique d'une Europe unie. Ne pas la sacrifier sur l'autel d'une politique d'austérité dont on ne sait si elle ne va pas empirer la situation.

Et son vrai regret, à Amartya Sen est bien celui-là : que l'intégration économique ait pris le pas sur toutes autres considérations politiques. « La formidable idée d'une Europe unie et démocratique a changé au fil du temps et l'on a fait passer au second plan la politique démocratique pour promouvoir une fidélité absolue à un programme d'intégration financière incohérente »

Comme l'écrit Nicolas Véron, la crise a d'abord été financière au niveau de quelques banques, puis budgétaire au niveau de certains Etats. Elle est de plus en plus institutionnelle, au niveau de l'Union toute entière. On se permettra de rajouter qu'elle est aujourd'hui existentielle : pourquoi souhaitons-nous une Europe unie ?

http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/07/03/pour-juncker-la-grece-devra-se-resoudre-a-perdre-une-grande-partie-de-sa-souverainete_1544220_3234.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/07/02/l-euro-fait-tomber-l-europe_1543995_3232.html#ens_id=1508090

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