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La démocratie est sensible

4 min
À retrouver dans l'émission

Ne dites plus liberté, égalité, fraternité, dites « care »et « empowerment ».

Ah oui, c'est moins joli mais c'est à ce prix qu'on réconcilie la gauche et les idées. Ca vaut le coup de passer outre ces emprunts à la langue de Shakespeare, si on parvient à ce miracle...

Sur la quatrième de couverture de l'ouvrage modestement intitulé Pour changer de civilisation, et édité par Odile Jacob, Martine Aubry, première secrétaire du PS, assure qu'elle entend contribuer au renouvellement intellectuel de la gauche. Le laboratoire des idées de son part a recueilli les contributions d'une cinquantaine de chercheurs pour imaginer un "monde nouveau".

Un monde du « care » et de l' « empowerment », donc. Oui, dans le monde des idées, certains concepts circulent en VO, c'est ainsi. Et si cela peut paraître déplacer dans un programme politique, il faudra traduire. Mais après tout, philosophe et politicien, ce n'est pas le même métier, ils ont le droit, eux les savants, d'être obscurs (un peu).

Un monde du "care" et de l'"empowerment". Ca fait snob, mais ça ne l'est pas du tout quand on explore plus avant la pensée de Guillaume Le Blanc qui est l'auteur d'une contribution intitulée Pour un renouveau de la pensée sociale .

La conviction de Guillaume Le Blanc, est que pour relancer le concept de démocratie, il ne faut pas chercher des solutions toutes faites, à imposer d'en haut, mais qu'il faut au contraire partir des pathologies sociales : il faut mener la réflexion depuis ceux qui souffrent, à l'écoute de ceux qui sont les plus démunis.

Essayons d'avoir les idées plus claires. Que veut-il dire ? Eh bien qu'il faut se rappeler que "la démocratie est d'abord sensible".

Elle s'incarne dans des expériences particulières. Ce n'est pas une idée, un concept pur et abstrait. Ce ne sont pas seulement des droits, ou un art de gouverner : c'est une prise en considération de chacun.

Autrement dit, pour retrouver un bien commun, il faut laisser de côté les visions surplombantes des experts. C'est normal et nécessaire de mesurer les inégalités, mais il ne faut pas s'en contenter. Il faut aller à la rencontre de ceux qui les vivent.

Car, rappelle-t-il, les vies ordinaires ne sont pas réduites à commenter le théâtre de l'histoire, elles nomment aussi les injustices, produisent des critiques. C'est l'une des idées fortes de Guillaume Le Blanc : la gauche doit se ressourcer à l'écoute des sans-voix. Tous ceux qui font l'expérience de la relégation, de la disqualification, ou de l’aliénation, rappellent à la gauche (et à la droite) que le monde social n'est pas peuplé uniquement d'entrepreneurs conquérants motivés par leurs seuls intérêts. On ne se glisse pas tous avec volupté dans le moule de la concurrence et de l'évaluation permanentes.

Vous savez, c'est la fameuse grille de lecture du néolibéralisme : l'homo economicus , mû par son intérêt, calculant toujours rationnellement le comportement le plus rentable. C'est la conviction que l'humain tout entier peut rentrer dans des cases, que toute activité peut être évaluée, que toute compétence se mesure. Bref, la conviction qu'en regard de n'importe quelle activité on peut mettre un équivalent chiffré, et donc qu'on peut tout comparer, et de là donc sélectionner les meilleurs, selon une norme qu'on ne se permet pas de questionner.

Eh bien, dit en substance Guillaume le Blanc, pour contrer cette lecture, pour développer un autre regard sur la réalité sociale, soyons plus attentifs aux pratiques des subalternes, des gens aux vies ordinaires. Ils souffrent de l'imposition de ces normes qui nient une part d'eux-mêmes et évaluent tout autrement la valeur de leur place et de leur métier. Et curieusement par là, à bien écouter, dans ce discours sur le quotidien, il y a du réenchantement possible.

Comme il y en a dans certaines pratiques de solidarité, dans la micropolitique des vies ordinaires. Du côté du militantisme alternatif, par exemple, celui qui se déploie hors des partis politiques, dans les associations de quartiers, dans l'aide aux sans-papiers, dans la lutte féministe... Là aussi la gauche devrait être capable d'entendre une aspiration à la solidarité. Ce n'est pas parce que ces luttes sont circonstanciées, adressées, qu'elles jouent dans la cour du compassionnel. Ce sont des pratiques effectives de solidarité.

Une politique de gauche peut être, oui, une politique du « care » et de l' « empowerment », du soin et de l'attention portée à l'autonomie. Le « care » c'est bien la solidarité à l'égard des vulnérables, et l' « empowerment » est une logique de restauration de la puissance d'agir, l' « empowerment », c'est au sens propre redonner force. « Prendre soin des vies en tant qu'elles ont une puissance d'agir, c'est bien la tâche de la gauche aujourd'hui ».

Et pour réconcilier les amoureux de notre devise républicaine, le philosophe Guillaume Le Blanc le confirme et le souligne : articuler « care » et « empowerment », c'est le sens même de « liberté, égalité, fraternité »

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