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La démondialisation

4 min
À retrouver dans l'émission

C’est drôle la vie des idées, il suffit de la concomitance d’un livre, d’un article, ou parfois d’une parole politique, pour qu’on se dise : « tiens, voilà un dernier concept à la mode ». Et qu’on ait envie d’en savoir plus.

C’est ce qui m’est arrivé, ce dernier lundi, en lisant Arnaud Montebourg rappeler dans l’interview qu’il a donné au quotidien du soir qu’il est le candidat de la « démondialisation », La démondialisation , c’est exactement le titre du livre tout récent de l’historien et économiste Jacques Sapir.

C’est donc une idée qui était disponible, là, dans l’espace public, toute prête à ce qu’on la cueille pour des usages, des usages aussi divers que le marketing politique ou l’analyse économique.

En réalité, en faisant une petite enquête, il y a deux acceptions du mot démondialisation, qui ne disent absolument pas la même chose.

Une acception purement économique : qui est un constat, le constat que la crise financière de 2008 a produit un recul du volume des échanges, à l’échelle planétaire. C’est la contraction vertigineuse de la demande de biens qu’on a baptisée démondialisation, car c’est un mouvement opposé à celui de la globalisation marchande. L'expression a fait une entrée remarquée, d’ailleurs, sur la scène internationale lors d'un discours du premier ministre britannique, Gordon Brown, au Forum de Davos. C’était en 2009. Pas besoin de le préciser : dans un cadre comme Davos, la démondialisation, ça décontenance…

Et puis il y a l’autre acception qui curieusement s’est imposée dans un cadre exactement contraire : celui des Forums sociaux. On l’entend dès 2002 dans la bouche de certains altermondialistes. Pour eux, la démondialisation, ce n’est pas la contrition, au contraire, c’est un projet qui engage. On démondialise pour mieux vivre.

Le sociologue philippin Walden Bello est le premier à donner forme au concept. Son livre-référence sur le sujet devrait paraître en français dans quelques mois, presque 10 ans après sa première édition.

Sous sa plume, la démondialisation est une alternative, c’est un projet politique, qui naît principalement de la contestation du rôle central de l’OMC.

L’organisation mondiale de commerce, qui prétend régir les échanges à l’échelle de la planète, est accusée d’écraser les économies les plus faibles. On lui fait le procès régulièrement chez les altermondialistes.

Eh bien, face à cette grosse machine, Walden Bello préconise un retour aux structures régionales.

J’ai retrouvé un entretien avec lui traduit dans le numéro 25 de la revue Mouvements . Son idée est simple : en finir avec un modèle univoque qui s’applique aux pays en voie de développement sans leur laisser la possibilité de déterminer eux-mêmes leur stratégie économique. Le paradoxe, explique-t-il, c’est que « l’expérience des nouveaux pays industrialisés, ou de l’Amérique latine des années 60 et 70, démontre que tout ce qu’ils ont accompli en matière de développement capitaliste reposait précisément sur une telle marge de manœuvre, en particulier en matière de politique commerciale ». Voilà pourquoi il se bat pour que tous les pays reconquièrent cette marge de manœuvre, pour des institutions régionales plutôt que mondiales, capables de prendre en compte les spécificités de chaque partie du monde.

On l’entend, la démondialisation ce n’est pas mettre à bas le commerce mondial. A vrai dire, ses tenants n’ont rien contre l’accroissement des richesses si elles sont mieux partagées. Ce n’est pas non plus prôner un repli nationaliste, on reste dans une perspective internationaliste.

Non, « démondialiser », c’est plutôt réorganiser la planète en plusieurs zones géographiques cohérentes et autonomes. Voilà le seul moyen, à leurs yeux, d’assurer une croissance responsable sur le long terme.

Mais le mystère reste intact : comment Arnaud Montebourg est-il tombé sur ce mouvement de pensée ? Un conseil avisé, une lecture, une rencontre à Porto Alegre ? on ne le saura jamais, c’est bien dommage. En tout cas, c’est finement joué : la démondialisation est un concept intéressant qui n’est ni du protectionnisme pur jus ( qui ferait hurler ses camarades), ni de l’altermondialisme version décroissante (ce qui ferait hurlé tout autant ses camarades).

Mais en terminant cette chronique, j’ai un soudain doute : au fait, qui dirige l’OMC ? un socialiste ! Et le FMI ? …Mais c’est vrai qu’au Parti socialiste on a le droit de tendance !

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