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La fraude est-elle au coeur du système financier ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Entre la conférence de presse de Nicolas Sarkozy lundi pour lancer son G20, et l'ouverture de Davos aujourd'hui, il y a de la place pour une petite idée. Nicolas Sarkozy a redit sa volonté de « réguler l'économie mondiale » et ce sera probablement pétri de ces bonnes intentions qu'il se rendra à Davos.

La petite idée de ce matin, vous allez l'entendre, n'est pas modeste dans son contenu. Elle réside tout entière dans l'énoncé suivant : la fraude n'est pas une pratique à la marge du système financier, elle en est un adjuvant précieux. La fraude est un mode de gestion du système financier.

C'est limpide : sans fraude, c'est tout le système financier qui est à plat. Voilà pourquoi la moralisation tarde à venir.

Ca nous rassure : on comprend pourquoi même le grand Président de notre grande République n'a pas réussi à rendre l'économie mondiale plus vertueuse. La prédation ne se résume pas à quelques individus à la marge, comme M. Madoff. C'est tout le cœur du système qui est dépravé.

Ce n'est pas une idée tout à fait nouvelle, mais elle garde son caractère fracassant chaque fois qu'on la rencontre. Pourtant elle est loin d'être totalement marginale ; on la trouve exposée sur le blog de l'anthropologue Paul Jorion et longuement défendue sous la plume du magistrat Jean de Maillard. Sans parler des ouvrages de l'américain William Black.

Jean de Maillard vient de sortir son dernier livre en poche. Vous vous souviendrez du titre qui vous évoquera des images de cinéma L'arnaque , L'arnaque où comment la finance se trouve au delà des lois et des règles.

Je ne résiste pas à reprendre quelques lignes de son introduction qui sont un conte moral à elles toutes seules. Jean de Maillard part à la recherche de l'origine de la nouvelle finance, celle qui s'installe dans les années 80 et qui prépare la confusion et la crise dans lesquelles nous sommes plongés. Et il découvre chemin faisant une histoire américaine, presque touchante, presque un scénario d'Hollywood, le happy end en moins.

En effet, qui est l'homme qui a inventé la titrisation ? La titrisation, il suffit de se souvenir que c’est la technique financière qui révolutionne le système, c'est l'innovation miracle de ces années 80.

Qui invente ce prodigieux mécanisme ? Un pizzaiolo de Little Italy qui serait resté à poursuivre tranquillement sa carrière de pizzaiolo s'il ne s'était découvert asthmatique. Le voilà au chômage et le hasard ( à moins que ce soit une main plus invisible que celle des marchés ironise Jean de Maillard), le hasard le fait entrer chez Salomon brothers où il va devenir le père de la titrisation. En 2006, peut-être pris de remords, après avoir créé sa propre maison, il tire la sonnette d'alarme et dénonce l'utilisation pervertie de son invention et sa descendance monstrueuse. Trop tard. En novembre 2008, sa maison est emportée dans les turbulences de la crise. Fin de la saga.

Que retenir de cette histoire ? Qu'il y a bien eu une transformation de la finance, qui n'était pas naturelle, ni spontanée, par conséquent qu'il existe des responsabilités, qu'il y a eu des décisions qui ont été prises.

Alors il ne s'agit pas de dire que ce banquier asthmatique fut plus qu'un autre un gangster. Mais en revanche, il est important de comprendre qu'il existe une fraude systémique, une fraude de système, qui est devenue une modalité à part entière de l'économie et de la finance. Et toute la force de cette fraude systémique réside justement dans son caractère impersonnel.

Prenons un exemple : c'est devenu une pratique courante, maintenant, de donner des informations trompeuses sur la réalité d'une entreprise, avec la complicité des comptables, commissaires aux comptes, agences de notation. Même Warren Buffet déplorait que beaucoup de PDG considèrent ces manipulations non seulement comme convenables, mais comme un devoir.

« Comme un devoir » ? Oui, car comme cette fraude est structurelle, elle perd toute connotation morale. Personne n'a le sentiment de se comporter de manière franchement criminelle. Puisque tout est toléré. On est loin du film où Paul Newman et Robert Redford incarnaient des arnaqueurs professionnels, qui peaufinaient leur technique.

Non, là, c'est l'arnaque logée au cœur du système et devenue pratique banale.

Autrement dit, tous les acteurs des marchés financiers ne fraudent pas comme ils respirent, mais s'ils ont besoin de frauder, ils le font. C'est l'impunité, l'impunité morale et légale. Puisque précisément les Etats ont abandonné l'idée de border ces activités, de leur donner des limites.

Alors bien sûr, c'est une fraude de faible intensité et de basse fréquence, en cela bien différente du gangstérisme en col blanc, de celui des mafias, mais c'est bel et bien une prédation.

Il n'y a plus d'activités boursières, de spéculations, sans ces petits arrangements, maquillages de comptes, spécialisations dans les failles du système, et autre fonctionnement opaque, bien expliqué par Jean de Maillard, mais un peu complexe à l'heure du café.

Ce qu'il faut retenir, c'est que le brouillage ente des critères du légal et de l'illégal est de plus en plus prononcé, et qu'il a eu lieu avec la complicité des Etats.

Aujourd'hui que les grands de ce monde se réunissent à Davos, qu'attendre ? Le tableau que dresse Jean de Maillard n'est guère encourageant : à le lire, la fraude subtile des années 2000 s'est muée en un rançonnement brutal des Trésors Publics et de l'argent collectif. Partout c'est l'austérité : après avoir pris l'argent des pauvres avec les subprimes , on s'attaque aux classes moyennes en imposant des coupes sombres dans les programmes sociaux. Et on prépare la prochaine crise...

L'histoire aura-t-elle une happy end ? On posera la question aux invités du Forum de Davos...

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