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La gauche, entre le populo et le bobo...

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Pendant l'affaire DSK, la bataille des idées continue à gauche. Un nouveau front s'est ouvert, c'est même un début de polémique sur une question en effet pour la gauche essentielle : son rapport aux classes populaires.

D'où vient la polémique ? D'une note produite par le cercle de réflexion Terra Nova, proche du Parti socialiste, dans laquelle est théorisée ce qui ressemble bien - même si la controverse enflant, les auteurs s'en défendent - à un abandon de la classe ouvrière.

En fait le raisonnement suivi dans cette note est assez simple : les classes populaires ont basculé culturellement à droite.

Voyez-vous, nous explique-t-on, depuis les années 70, les valeurs de la gauche ne sont plus celles du monde ouvrier. La gauche s'identifie à un certain libéralisme culturel, elle porte des valeurs de libération sexuelle, de tolérance, elle est favorable à l'islam, à l'homosexualité, aux immigrés. La classe ouvrière, elle, est « contre les immigrés, contres les assistés, contre la perte des valeurs morales et les désordres de la société contemporaine. » Bref, en plus d'être écrasée économiquement, la classe ouvrière a tous les torts. Ce qui a d'ailleurs poussé l'économiste atterré, Bruno Amable, à titrer sa chronique dans Libération Ouvriers, sales et méchants .

Mais revenons au raisonnement développé : que faire devant ce constat d'un divorce culturel ? s'interrogent les auteurs. La réponse ne tarde pas, elle aurait plu à Brecht. Vous connaissez cette formule, qu'il fallait dissoudre le peuple quand il ne donnait pas satisfaction ?

Eh bien, c'est peu ou prou la stratégie qui est retenue. Il faut trouver une autre coalition, nous explique-t-on : laisser tomber des déclassés, trop décevants, et jouer une autre carte, celle qu'ils nomment « la France de demain »: les diplômés, les jeunes, les minorités et les femmes. Autant de nouvelles cibles qui voteront à gauche, parce que la gauche, c'est l'investissement dans l'avenir, la promotion de l'émancipation, la bataille pour la diversité, l'Europe, etc....

Bref, si l’on voulait être sévère, on dirait qu’entre les bobos et le populo, le PS de Terra Nova a choisi. A ce stade, on n'ose à peine rappeler une évidence : que la gauche sans le peuple ne saurait être véritablement la gauche.

Je le disais, les critiques pleuvent sur ce texte qui en a choqué plus d'un. L'un des angles d'attaque, est de récuser ce fameux divorce des valeurs. Qui verrait d'un côté une gauche attachée au libéralisme des mœurs, à l'ouverture culturelle, de l'autre des milieux populaires tentés par le repli, l'ordre et la défense des traditions.

N'est-ce pas plutôt une certaine politique menée par le PS au pouvoir, notamment ses choix économiques, qui explique l'éloignement des classes populaires ? s'interroge Bruno Amable ?

« Ouvriers et employés n'ont jamais voté à gauche pour défendre des « valeurs de gauche ». ajoute Philippe Cohen dans Marianne . Ils se prononçaient pour les dirigeants politiques les plus aptes à défendre leurs intérêts sociaux. »

Exit donc cette idée d'une bataille culturelle ? Pas si simple. Tout le monde n'évacue pas la question. Dans un article au dernier numéro du Débat , Laurent Bouvet prend acte en effet d'un certain éloignement entre le discours du PS et ses électeurs traditionnels.

Il partage le constat mais renverse, lui, le postulat : si les valeurs défendues par la gauche l'ont éloignée du peuple, alors ce sont ces valeurs qu'il faut questionner.

Pourquoi le PS est-il devenu le chantre du multiculturalisme, le défenseur des minorités, en même temps qu'il enterrait l'égalitarisme ? N'a-t-il pas trouvé une idéologie de substitution dans le « tous différents » ? « Tous différents » plutôt que « tous égaux » ?

Pendant ce temps-là les aspirations populaires ont été reprises et exploitées avec profit par la droite, et surtout l'extrême droite : le travail, mais aussi l'identité nationale, le modèle d'autorité social-familial, le sens de l'appartenance et de la protection collective, etc.

C'est donc« le sens du peuple » qu'il faut retrouver, dit Laurent Bouvet. Un sens que les caciques du PS semblent avoir un peu perdu.

Or, si la gauche n'en retrouve pas le sens et le goût, autant abandonner la clef directement à Marine Le Pen, écrit Bertrand Vasnier, animateur du club GaucheA venir , Bertrand Vasnier qui rappelle de manière salutaire qu' « être de gauche, ce n'est pas tourner le dos aux principales victimes des crises du capitalisme. Historiquement, c'est même le contraire ».

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