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A la recherche de la "démocratie réelle"

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Jorge Semprun s’en va et les Indignés de la Puerta del Sol lèvent le camp. Ils quitteront entièrement la place dimanche prochain. Assurant que leur « campement est un outil de travail, pas une fin en soi".

Il a fallu que cette décision soit approuvée par les 17 commissions, puis l’assemblée générale. Nul doute que cette expérience de « démocratie réelle jusqu’au bout » aurait intéressé l’écrivain, l’ancien anti-franquiste Semprun. Après tout ce mouvement espagnol s’est placé sous l’égide d’un homme de sa génération, et porteur de la même mémoire, celle de la Résistance à la barbarie et tous les renoncements démocratiques, Stéphane Hessel. Pour nombre de jeunes à la Puerta del Sol cet héritage comptait.

« Démocratie réelle », tentative menée avec application par les Indignés. Et non sans difficulté. Le mouvement voulait quitter la place depuis plusieurs jours, mais l'assemblée générale n’avait pas pu se réunir à cause de pluies diluviennes, et puis elle devait affronter le blocage d’un petit groupe qui refusait d’approuver la décision.

Pas facile, d’avoir pour mot d'ordre la « démocratie réelle ». Je rappelle que les manifestants ont, dans une large part, boudé les urnes il y a deux semaines abandonnant le vote comme mode de prise de décision collective, ils ont opté pour un fonctionnement sur la base du consensus.

Comment sont prises les décisions à la Puerta del Sol ? Un article sur le site de la Vie des idées relate le fonctionnement des assemblées populaires, on en trouve encore plus précis sur le site d'information OWNI.

Dans chaque assemblée, on met à l'ordre du jour les thèmes portés par les commissions. Chaque participant qui le veut s'inscrit pour avoir son tour de parole. Toutes les opinions sont entendues et notées. Lorsque la discussion est terminée, le modérateur s'assure qu'il existe un consensus sur une proposition. Et si aucune voix ne s'élève, elle est considérée comme approuvée par l'assemblée et recueillie dans les actes. Si une ou plusieurs personnes sont en désaccord radicale avec la proposition, des tours de paroles sont institués : trois personne pour la proposition, trois personne contre s'expriment tour à tour et exposent leur opinion. La proposition est à nouveau soumise au vote. S’il y a encore un désaccord, on demande à l’assemblée si elle souhaite enclencher un autre tour de parole, etc.Jusqu’à ce qu'elle soit éventuellement soumise à la prochaine réunion.

« Si bien que, souligne l'auteur de l'article de la Vie des idées, si bien que la prise de décision se réalise par consensus et non par vote, ce qui empêche que l’opinion de la majorité s’impose sur les minorités et évite que quiconque ne se sente exclu ». « Ce qui y a été approuvé par consensus est respecté par tous. » prend-elle le soin de préciser.

Ce qui est le plus intéressant dans le mouvement de la Puerta del Sol, c'est qu'un système de geste (on doit avec les bras faire de curieux signes cabalistiques qui indiquent que l'on est pour, contre, qu'on veut nuancer, etc...) permet d'éviter l'un des écueils de la règle du consensus, celui de l'engagement inégalitaire entre les participants.

Car comme l'a montré le sociologue Philippe Urfalino dans ses travaux, le problème du consensus, c'est que très souvent il n'implique pas de la même manière ceux qui sont autour de la table.

C'est même l'une des raisons pour laquelle il est choisi comme mode de décisions dans certaines instances.

Les commissions qui se réunissent pour donner des autorisations de mise sur le marché, des autorisations de commercialisation, d'un nouveau médicament, fonctionnent au consensus. Car pour les participants, il est évident que certains experts parmi eux sont plus compétents pour donner leur avis sur tel ou tel antidiabétique ou coupe-faim. Ce mode de prise de décision leur convient parfaitement ils seraient bien embêtés que leur voix compte autant que celle du spécialiste de la classe de molécule concernée.

Le consensus permet, tout simplement, la délégation, quand il ne cache pas des désapprobations qui ne s'expriment pas, pour une raison ou une autre : on ne veut pas se mettre en situation de contester, d'objecter, parfois parce qu'on n'a pas les arguments.

Avec le consensus, on peut se contenter de se taire, là où le vote nous aurait obligés à prendre position. Bref, les deux modes de décisions ont les défauts de leur qualité. Le vote égalise les participations mais fait apparaître les divisions le consensus les cache mais au prix d'un engagement plus flottant des membres.

C'est ce déficit de participation que les Indignés ont voulu pallier par le système de gestes. Belle inventivité démocratique.

Une dernière information tout de même : dimanche dernier, l'assemblée générale a mis à l'ordre du jour une proposition : voulait-elle autoriser l’adoption de propositions sans consensus général. Elle a été bloquée...eh bien oui, non ce n'est pas une plaisanterie, par une personne !

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