LE DIRECT

Le bac, notre école et ses inégalités

3 min
À retrouver dans l'émission

Eh bien non, on ne donne pas le baccalauréat à tout le monde. On sent bien que cette histoire de fraude provoque le même vieux réflexe du « à quoi bon » : « A quoi bon poursuivre ? », « à quoi bon encore un examen national ? Puisque ça ne vaut plus rien, un bac »...

Eh bien, non, ce n'est pas vrai. Le sociologue Camille Peugny, spécialiste du déclassement, le répète sur son blog : d'abord non, 80% d’une génération n’obtient pas le baccalauréat puisque depuis quinze ans ce taux reste bloqué légèrement en dessous des 65%.

Et puis faut-il préciser que parmi les enfants d’ouvriers nés entre 1981 et 1985, seuls 50% ont obtenu leur baccalauréat et seuls 35% un baccalauréat général ou technologique ? Dans certains milieux, encore aujourd'hui avoir son bac, ce n'est pas rien.

Et puis, incriminer la massification scolaire en regrettant l'époque bénie où le prestigieux examen ne concernait que 10% d'une classe d'âge, c'est se tromper de scandale. Ce qui reste choquant aujourd'hui, ce sont les effets non redistributifs de cette massification. ar bac ou pas, la reproduction sociale est toujours aussi bien assurée en France.

C'est une idée dont on a du mal à saisir l'importance, car elle vient contrecarrer le mythe de la méritocratie républicaine. Mais il faut s'y faire : les enquêtes internationales qui comparent les performances des pays de l'OCDE en matière d'éducation l'ont attesté : la réussite scolaire en France est liée au statut socio-économique des parents, et nous sommes même un des pays où elle est le plus directement liée. Pour la corrélation positive entre le statut social des parents et la compréhension de l'écrit, la France est deuxième du palmarès !

Bref, pas ou très peu de redistribution des cartes. Mais comment expliquer que la réalité soit à ce point éloignée du mythe que nous entretenons sur notre école ? Toutes les hypothèses ont été faites par les sociologues de l'éducation. Mais une certitude : si les enfants des classes populaires accèdent au collège puis au lycée, alors les inégalités se déplacent plus loin dans le système scolaire mais ne disparaissent pas.

80% d'une classe d'âge au baccalauréat, 65% obtenant le baccalauréat, et après ? On se souvient de l'ouvrage de Stéphane Beaud, déjà ancien, sur la question. Eh bien, après, c'est tout un processus de ségrégation entre les enfants des classes supérieures et les élèves des milieux populaires qui se met en place, filière courtes pour ces derniers, longues et prestigieuses pour les autres. A l'intérieur même du lycée, et même avant l'examen final, la dualité de l'enseignement supérieur est déjà lisible dans le choix d'une section générale ou technologique.

L'économiste Romain Rancière revenait sur ce sujet dans sa chronique de Libération la semaine dernière. Son hypothèse est que cette extrême ségrégation entre l'université et les filières courtes d'une côté, les classes préparatoires et les grandes écoles de l'autre, est déterminante dans le résultat consternant de l'école française en terme de redistribution sociale. C'est donc avec cette dualité qu'il faut en finir.

Pour cela il listait quelques mesures simples : imposer que les grandes écoles admettent une fraction significative d'étudiants non issus des classes prépa ( un tiers, par exemple, ce qui permettrait à ceux qui affirment plus tardivement leur talent d'avoir une seconde chance).

Évidemment, égaliser la dépense publique par étudiant entre les classes préparatoires et les premiers cycles universitaires, et à terme penser l'intégration des grandes écoles dans les pôles universitaires.

Voilà des pistes que d'autres contesteront, convaincus que la lutte contre les inégalités sociales de réussite et la lutte contre la reproduction sociale passent par un effort considérable pour l’enseignement maternel et primaire, là où les différences sont encore faibles et qu'il est possible de corriger les écarts.

En tout cas, voilà qui ouvre des débats beaucoup plus intéressants, et vastes, que cette obsession nationale sur le baccalauréat, sa valeur ou son obsolescence. Il faudra bien revoir un système fondé sur un élitisme républicain qui n'a plus de républicain que le nom.

Quand l'UMP proposait en 2007 la rupture, le PS d'aujourd'hui promet dans son projet sur l'école une double rupture. Alors, combien faudra-t-il de ruptures pour réconcilier notre école avec son ambition ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......