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Le club ou la ville

3 min
À retrouver dans l'émission

Les villes à la campagne, vous en vous souvenez, il faudrait bâtir les villes à la campagne. Alphonse Allais, bien sûr.

C’était absurde il y a cent ans quand il l’a prononcé. C'était drôle. Aujourd’hui ce n’est plus drôle. Habiter la ville à la campagne, c’était un rêve, et c’est devenu la réalité.

Par quel miracle a-t-on mis les villes à la campagne ? C’est très simple. Vous allez le comprendre tout de suite : les petites communes et les villages proches d’une plus grande ville se sont trouvés aspirés par elle.

Les villes à la campagne, ce sont tout simplement des bourgs qui ont été intégrés dans l’orbite d’une grande ville. La densité y est faible, le décor est champêtre ou agricole, mais ce n’est pas vraiment la campagne quand même.

Les urbanistes appellent ça le tissu périurbain. Peut-être faites-vous du périurbain sans le savoir ?

Vu du ciel, explique l’un d’entre eux, Eric Charmes, c’est un espace persillé de noyaux urbains, sur un fond dominé par les champs, les forêts et les prairies. Les gens y habitent et travaillent à la ville toute proche.

Pourquoi ne pas appeler ça tout simplement la campagne et préférer l’expression de périurbain ? Toutes sortes de raisons savantes.

Moi, je retiens quelques petites choses du livre qu’Eric Charmes vient de publier aux PUF.

D’abord on n’habite pas ces endroits comme on habitait autrefois un village. Autrefois, en échange d’un fort attachement affectif, le village vous donnait une identité. Comme dans la guerre des boutons. Vous étiez de là, et pas de là, et peut-être aviez-vous épousé un gars de là-bas…

Tout ça, c’est vieux et ringard, en tout cas ce n'est pas ainsi que la population périurbaine, celle qui a décidé d’avoir la ville et la campagne, la ville à la campagne, voit les choses. Ca la fait plutôt sourire quand on lui pose la question : votre village constitue-t-il une part de votre identité ? La plupart du temps, le choix a été déterminé par des questions toutes matérielles, de service, de proximité, bref de confort. Et puis s'identifier à une zone pavillonnaire, ce n'est pas non plus très excitant, il faut le dire.

Ca paraît bête, mais c'est une transformation profonde de la façon d'habiter que sont en train d'expérimenter ces périurbains. Parce que chez les citadins ou chez les ruraux, le lieu de vie est encore un élément identitaire fort. Eux, au contraire, développent un rapport plus consumériste et moins « existentiel » à leur lieu de résidence. La comparaison la plus éclairante est celle qui rapproche la commune d'un prestataire de services, un prestataire de services parmi d'autres.

Et puis ca ressemble à des bourgades, mais c'est en réalité très loin de l'esprit de village. Comme le rappelle Eric Charmes, le village, c'est à la fois la chaleur d'une communauté, mais aussi un contrôle social fort qui s'exerce sur les individus, et des différentes sociales qui divisent. Faut-il rappeler ? Le curé, le type qui habite la maison de maître, le paysan, le médecin...tout ça façonne un petit monde qui cohabite parfois difficilement...

Au contraire, les petites agglomérations du « périurbain » rassemblent des gens qui se ressemblent, soit classe moyenne soit plus aisés. Avec la capacité de mettre en oeuvre des politiques d'exclusion, par un contrôle des nouvelles constructions, par la prise en main de l'école, etc...

C'est pour ces raisons entre autres que l'auteur parle d'une clubbisation de la vie urbaine. On y habite comme on fréquente un club, c'est fermé localement, mais ouvert sur l'extérieur. On s'y préoccupe essentiellement de comment améliorer les biens dont on jouit collectivement, le parc, la piscine, l'aire de jeux...

Si ca ne vous fait pas rêver, cher auditeur, sachez que ça en fait tout de même rêver plus d'un. Au point que la clubbisation devient une façon d'habiter, y compris les grandes villes. Le repli sur l'espace résidentiel, le désir d'entre-soi, l'envie de cocon, menacent, y compris les bourgeois de Paris.

Conforter la tendance, ou lutter contre, c’est un projet politique...

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