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Le journalisme de données : nouveau journalisme ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Je ne sais pas si la presse écrite est morte, mais j'espère que vous aimez les camemberts. Parce que, chers auditeurs qui êtes aussi des lecteurs de journaux (j'en suis sûre : journaux papier ou numériques), l'avenir est aux camemberts.

Oui, le monde du journalisme s'enflamme pour une nouvelle idée : le journalisme de données, en bon français le data journalism .

Avis aux amateurs : il sera question de Wikileaks dans cette chronique. Chronique que j'aurais pu intituler : « Albert Londres contre Julian Assange ».

Albert Londres, en effet, n'a qu'à bien se tenir, car finie la plume qui croque une ambiance à la première personne, maintenant dans le journalisme, l'heure est à l'infographie. Hexagones, pyramides, couleurs acides de préférence, le réel se donne à voir à travers des tableaux et des courbes. La pertinence ne se mesure plus à la clarté du style mais à la lisibilité du graphique. Si vous êtes un bon journaliste de données, alors vous n'aurez pas besoin d'ajouter de commentaires, les formes et les couleurs parleront pour vous.

Vous êtes dubitatif ? Et même septique ? Les camemberts, c'est vieux comme la presse, et les cartes électorales sont devenues monnaie courante ? Vous ne voyez rien de nouveau dans tout ça ?

Je vais essayer de me faire mieux comprendre : il ne s'agit pas d'une lubie personnelle, mais d'un mouvement sérieux qui traverse le journalisme, qui nourrit les blogs professionnels et nous vaut encore un bon vieux complexe : les Anglo-saxons, eux, se sont convertis depuis longtemps au data journalisme ; nous sommes, comme d'habitude, à la traîne.

Essayons une définition plus précise du phénomène : le journaliste de données ne se contente pas d'illustrer un article. Ce serait l'insulter que de le confondre avec un illustrateur.

C'est plutôt qu'il envisage d'une manière différente son rôle de médiation : il s'interdit de faire appel à sa subjectivité comme dans un récit de reportage (exit le baroudeur), il ne cherche pas à produire un commentaire en contextualisant un fait par le savoir qu'il possède (exit l'éditorialiste). Non, il cherche à rendre visible une réalité qui est enfouie dans une base de données, et qui resterait cachée sans un travail de décryptage.

Pensez à un sculpteur qui dégage une forme d'un bloc de marbre, et vous aurez une petite idée du processus de révélation visée par les traitement des données.

D'ailleurs la métaphore artistique n'est pas forcément la mauvaise. Un journaliste du Guardian a monté un site intitulé Information is beautiful sur lequel il met en scène toutes sortes de données. Pour lui, la visualisation permet à la beauté de l'information de se dévoiler, et quand il en parle, c'est presque comme d'une révélation mystique

Mais pour moi, c'est bien difficile (à la radio) de vous raconter l'élégance d'un design, la concision des mots, et le choix d'une police.

Allez voir le site de David Mac Candless et notamment sa mise en image de la signification des couleurs selon les cultures. Le résultat ressemble à un mandala, c'est magnifique et c'est aussi (puisque c'est le but) très instructif.

Bon, mais je vous avais promis de parler de Wikileaks. Wikileaks va me permettre de vous donner un autre exemple. Vous savez que, Julian Assange, l'usage culturel des couleurs l'intéresse peu, mais en revanche qu'il a obtenu (avant les câbles diplomatiques) de très sérieuses fuites concernant l'armée américaine en Afghanistan et en Irak. Mais qu'en faire en l'état ? Il a donc choisi comme partenaire le site d'information owni.fr. Il lui a demandé de traiter ces données, immenses et dépourvues de sens pour le commun des mortels.

Et pour répondre à la demande, le site a imaginé une interface de visualisation qui permet de naviguer efficacement parmi les milliers de documents. L'interface possède moteur de recherche, cartographie, et système de notes sans oublier ( et c'est un aspect extrêmement important du journaliste de données) : l'interactivité.

Alors évidemment Albert Londres aurait peut-être le plus grand mal à considérer que c'est le bien le même métier qu'il s'exerça et que revendiquent aujourd'hui ces jeunes gens.

Délaissant le train et la cigarette, ils parcourent le monde penchés sur leurs écrans... Abandonnant la posture surplombante du vieil analyste politique, ils s'enthousiasment pour les données de l'INSEE ; et quand les bases n'existent pas encore, sans complexe, ils demandent l'aide des lecteurs pour les créer.

Mais au final, la production de l'information est bien là, au rendez-vous. Et c'est bien ce que l'on demande au journalisme. Cette nouvelle forme d'investigation correspond bien à l'ère du temps : les critiques pleuvent sur un métier dévoyé, suspecté d'être à la solde du pouvoir, ce nouveau journaliste offre, lui, les faits bruts à l'appui de ses conclusions.

Pour conclure, le journalisme de données ne résumera pas, bien sûr, tout l'avenir du journalisme, c'est plutôt une nouvelle veine, un peu comme le nouveau roman, avec qui il partage quelques traits. Après l'ère du soupçon, la disparition du sujet...

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