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Le sens de l'équité est-il universel ?

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Philosophie, économie, sociologie :on a vite fait le tour des disciplines qui nourrissent la vie des idées. Mais c’est à tort que l’espace intellectuel se réduit à cette sainte Trinité. Il ignore ainsi d’autres champs du savoir qui parfois ressourcent la réflexion, quand ils n’offrent pas, tout simplement, de nouvelles bases théoriques pour approcher des grands sujets.

Comment, par exemple, aujourd’hui penser le propre de l’homme, sans les apports fondamentaux de la primatologie ?

L’indifférence, au pire le mépris, pour ces disciplines est plus appuyée en France qu’elle ne l’est dans l’espace anglo-saxon, pour des raisons qu’on n’a pas le temps de déchiffrer ici. Mais c’est un fait, les disciplines qui tiennent le haut du pavé ne sont ni les neurosciences, ni la psychologie congnitive, ni l’éthologie. Ici on préfère les philosophes, les grandes idées, qui n’ont besoin ni d’expériences, ni de laboratoires.

Mais par malheur, comme je suis tombée sur le dernier numéro du magazine bimestriel Cerveau§ Psycho et qu’il offre une quantité de belles signatures, j’avoue, je me suis égarée le temps d'une chronique sur ces chemins sans hauteur.

Et c’est la psychologie évolutionniste qui sort gagnante puisque je vais vous parler d’un article de Nicolas Baumard, au titre aguicheur : Et si les droits de l’homme étaient vraiment universels ? Dans « vraiment universels », il faut entendre : et si les droits de l’homme étaient plus ou moins innés ?

En un mot, la psychologie évolutionniste s’intéresse à nos comportements, avec une question en tête : pourquoi l’évolution a-t-elle sélectionné telle conduite, telle compétence, plutôt qu’une autre ? Les questions vont de : « Pourquoi les femmes sont-elles, en moyenne, plus douées pour la parole que pour le sens d'orientation ? » à « Pourquoi sommes-nous dotés d'un instinct grégaire ? »

Alors revenons, justement, à nos moutons : les droits de l’homme ! Le sens de l’équité, qui en est la base, pourrait-il être universel ?

On pense en général que la morale est une question de culture chacun ses valeurs, et les moutons, encore eux, seront bien gardés !

C’est contre cette idée que se porte en faux Nicolas Baumard, qui s’est attaqué dans son précédent livre à une histoire naturelle (oui, j’ai bien dit une « histoire naturelle ») du bien et du mal.

A ses yeux, c'est tout le questionnement sur l’universalité du sens moral qu'il faut reprendre, à la lumière des connaissances les plus récemment acquises. D’abord il est établi que la plupart des jugements moraux sont en place très tôt, vers l’âge de deux ou trois ans. Tout, par ailleurs, nous confirme qu’un sens de l’équité existe dans toutes les cultures.

Si l’on pose la question toute bête de « un incendie ravage une maison avec cinq personnes à l’intérieur, vous avez la possibilité de les sauver, au prix de légères brûlures », une très grande majorité de personnes interrogées répond que bien sûr, elles n’hésiteraient pas à le faire. Très peu en revanche pensent qu’il faut les sauver au péril de sa propre vie.

Autrement dit, partout dans le monde, et qu’elle que soit la culture, on retrouve la signature de l’équité dans nos jugements moraux

Mais reste la question centrale, si l’on admet comme l’auteur que c’est une disposition innée : pourquoi a-t-elle été sélectionnée ?

C'est bien simple : il s'agit d'un processus d’adaptation à la vie sociale !

Suivez le raisonnement : l’espèce humaine repose sur la coopération entre individus non apparentés, c’est en coopérant avec les autres que les humains obtiennent la quasi-totalité de leurs ressources. Les individus les plus égoïstes qui gardaient pour eux une part trop grande des bénéfices de la communauté ont été dédaignés au profit de partenaires plus généreux à l’inverse, ceux qui accordaient aux autres une trop grande part des bénéfices étaient exploités et avaient moins de chances de survivre… !

CQFD !

Tout cela est un peu rapide, mais qu’en tirer ?

Première conclusion : s’il existe un instinct de justice, les hommes seront peut-être un jour capables de se mettre d’accord, au-delà des différences d’opinions, sur des valeurs communes.

Deuxième conclusion : ces recherches rencontrent les intuitions des philosophes qui, de Platon à Rawls, ont pensé qu'il existait des normes universelles de la justice.

Et enfin : exit la concurrence et le règne du plus fort qui étaient érigé en lois par ces mêmes disciplines il y a trente ans. Aujourd'hui, c'est l'empathie, l'altruisme et l'équité qui ont les faveurs des jeunes chercheurs.

Peut-être un signe des temps, bientôt doux comme...comme des moutons, bien sûr... !

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