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Les "globocrates" ont rendez-vous à Davos

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À retrouver dans l'émission

Je parlais, il y a quelques semaines, de l'accroissement des inégalités dans nos sociétés. L'idée est de plus en plus répandue et elle inquiète. Un signe ne trompe pas : l'occurrence du mot « oligarchie » : la revue Philosophie Magazine s'interroge ce mois-ci pour savoir si le peuple a perdu le pouvoir ? ». Le journaliste Hervé Kempf signe un ouvrage L'oligarchie, ca suffit, vive la démocratie .

Bien sûr, on pourrait balayer tout ça d'un revers de main en disant que c'est encore une vision bien française des choses, que c'est notre passion égalitaire qui parle et nous incline naturellement à grossir des tendances qui ne méritent pas un si fort traitement.

Mais il se trouve que cette idée dépasse largement les frontières hexagonales. Le phénomène de constitution d'une classe « à part », qui domine par sa richesse, par ses liens avec le pouvoir, frappe tous les esprits, en Europe comme ailleurs.

Au fait, petite parenthèse, Marc, vous savez combien coûte le ticket d'entrée à Davos ? Sans vous offenser, si vous avez besoin de demander, c'est que vous ne pouvez pas vous l'offrir... 52 000 dollars, c'est le prix pour en être.

Ce Forum de l'économie mondiale qui s'est ouvert hier montre, volontairement ou non, que nous sommes face à une nouvelle élite d'ultra-riches globe-trotters, largement déconnectée de leur réalité nationale et de leur compatriotes.

Les super-riches se détachent toujours plus , titrait l'International Herald Tribune hier.

Ce n'est pas que l'inégalité des revenus en elle-même chagrine les économistes. Comme nous, ils constatent le phénomène d'apparition de cette nouvelle élite sans frontières.

Mais ce qui préoccupe les économistes, c'est que ces inégalités ne soient pas dues à des mécanismes sains. Si cette richesse émanait des révolutions technologiques et des opportunités du commerce international, il n'y aurait rien à redire. Mais le soupçon plane que ces nouvelles richesses trouvent une partie de leur explication dans des rouages moins vertueux que le cercle de l'innovation. Notamment la capacité de ces happy few à influer sur la politique menée par le gouvernement, à faire passer des réformes qui vont, avant tout, dans leur sens. C'est cette intrication entre les intérêts publics et les intérêts privés qui est le nouvel objet de leurs inquiétudes.

L'un des invités de Davos, le professeur Raguaram Rajan a adressé il y a quelques temps un rapport à la Chambre de Commerce Indienne : « l'Inde, écrivait-il, est en passe de devenir une oligarchie, peut-être même pire – et sans doute beaucoup plus tôt qu'on ne le croit.(...) Trop de gens sont devenus très riches, en s'appuyant sur leur proximité avec le gouvernement ».

La proximité avec le gouvernement, ca permet en effet beaucoup de choses : des achats de terres, de ressources naturelles ou des contrats étatiques. Beaucoup de nouveaux riches devraient leur situation à l'Etat et non (comme c'est regrettable) à leur talent singulier. Bref, en Inde autant qu'en Russie et en Chine, c'est la complaisance des administrations publiques qui fait les fortunes.

Mais je n'aurais peut-être pas tant insisté ce matin, si la situation ne concernait que les pays émergents. Cette tendance oligarchique est aussi la nôtre, affirme un ancien chef économiste du FMI, Simon Johnson. Les choses sont claires et le constat sans appel pour lui : il n'y a plus beaucoup de différence entre ces pays émergents et les Etats-Unis.

Simon Johnson, – qui sera à Davos lui-aussi, c'est bourré d'esprits subversifs, Davos en fait et contre toute attente – Simon Jonhson explique que c'est un coup d'Etat tranquille que les banquiers ont réussi aux Etats-Unis. Le monde de la finance a mis la main sur le gouvernement, écrivait-il dans un article pour The Atlantic au printemps 2009, article dont il a tiré un livre.

Si les gens du FMI pouvaient parler librement, disait-il en faisant appel à son expérience, ils diraient aux Etats-Unis ce qu'ils disent à n'importe quel pays dans une situation de crise : vous ne retrouverez pas le bon chemin, si vous ne brisez pas l'oligarchie financière qui bloque l'essentiel des réformes.

Autrement dit, si on reprend son constat : ce qui était typique des pays émergents serait maintenant une réalité américaine : une petite élite, la petite élite du business, celle-là même qui s'est enrichie avec l'appui implicite du gouvernement, bloquerait les politiques qui pourraient assainir la situation.

On a du mal à se représenter l'homme de Wall Street en mafieux russe noyautant le pouvoir, mais pourquoi pas ? En tout cas, ce petit monde a en effet une puissance de frappe en effet considérable à travers des lobbies toujours plus forts et plus organisés.

Simon Johnson va-t-il expliquer tout ça à Davos ? Preuve que les « globocrates » ont l’esprit ouvert…

On garde en mémoire que nous ne sommes pas, nous Français, totalement singuliers quand nous réfléchissons à ces nouvelles tendances oligarchiques, que c’est bien l’idée du moment, et qu’il y a encore beaucoup à dire…

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