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Les "working rich"

5 min
À retrouver dans l'émission

Combien de riches travaillent pour vivre ? Pourquoi les riches d’aujourd’hui veulent-ils être vus comme des travailleurs ?

Voilà deux des questions qui intriguent le journaliste américain Robert Frank. Pourtant Robert Franck n’est pas un novice dans ce domaine. Il est l’auteur d’une enquête, non traduite, qui a rencontré un vif succès Outre-Atlantique : Le Richistan, voyage à travers le boom économique américain et la vie parmi les riches.

Mais il n’empêche : vraiment, ça excite sa curiosité : pourquoi les riches d’aujourd’hui veulent-ils apparaître productifs ? Il y consacre un article sur son blog.

Peut-être, comme moi, pensiez-vous que les riches aspiraient à une vie paisible de loisir ? Eh bien, c’est faux. C’est devenu faux. C’en est fini du temps où la richesse préservait de la vulgarité du travail.

Au contraire, aujourd’hui, le travail protège de la vulgarité de la richesse. C’est le monde à l’envers. La disparition du modèle aristocratique – qui faisait tant rêver, la « classe de loisir »- au profit de la culture bourgeoise poussée à la caricature.

C’est facile à constater d’ailleurs : l’homme idéal aujourd’hui, le riche qu’on jalouse, ce n’est pas le milliardaire qui fait le tour du monde sur son yacht, c’est le business man de la Silicon valley, surconnecté et surbooké, jamais sédentaire, toujours nomade. Ou alors, à la limite, le trader suractif et sur-vitaminé. Bien plus excitant qu’un rentier à lorgnon, il faut le reconnaître. Bref, l’époque dessine le portrait du riche en travailleur créatif.

On les appelle les « working rich ». C’est l’expression forgée pour donner un nom à cette classe laborieuse d’un genre nouveau. Les working rich tout en haut, contre les working poor tout en bas…

Car l’économie quoi qu’on en dise, ça sert de temps à temps, ça sert par exemple à mettre en lumière des phénomènes peu lisibles dans le quotidien.

C’est ainsi que les travaux des économistes avaient pu souligner l’apparition d’un phénomène nouveau, les travailleurs pauvres, phénomène qui a touché la France il y a une quinzaine d’années. Ce sont ces salariés, souvent à temps partiel subi, qui n’arrivent pas à échapper à la pauvreté (8,4 % des travailleurs en Europe tout de même…). Voilà maintenant, sur le même modèle, les « travailleurs riches », ces salariés qui n’arrivent pas à échapper à la très grande richesse. Et qui se hissent, par les revenus du travail, tout en haut de la pyramide.

C’est le fait marquant : pour certains, le travail paie et paie même très bien…

Un chercheur français est en pointe sur ces sujets, un jeune économiste, Emmanuel Saez, qui travaille à Berkeley. Il a démontré à quel point l’élite avait changé : la classe de rentiers oisifs se prélassant sur leurs terres a vécu. Bientôt on ne les trouvera peut-être plus que dans les romans, qui sait ? Car parmi les plus riches, les travailleurs, y compris les salariés, sont maintenant fortement représentés ! Le saviez-vous, certains cadres avec stock-options ou certains chefs de salle dans la finance affichent des salaires à cinq voire six zéros.

Voilà un retournement de situation : en 1916, le 1% des Américains les plus riches ne tiraient qu’un cinquième de leur fortune d’un travail rémunéré. En 2004, à l’inverse, le travail rémunéré représentait 60 % des revenus de la même tranche. D’un cinquième à quasiment les deux-tiers, c’est un énorme changement de proportions. Le travail tend à rapporter plus que le patrimoine.

Il faut dire que la conjoncture est favorable au « travailleur riche » : en 7 ans, entre 1998 et 2005, et à la simple échelle française, on s’aperçoit que le club très fermé des 2 500 salariés les mieux payés s’est offert une augmentation de 51%. L’élite des 25 000 meilleurs salaires français a, elle, eu droit à une petite augmentation de 29 %…une bagatelle !

En somme, nous avons l’impression que le partage du gâteau entre capital et travail est nettement en défaveur du travail. C’est faux, nous apprend un petit livre de la collection Repères qui vient de paraître sur cette question. Le partage entre capital et travail reste stable, c’est simplement que la part dévolue au travail est confisquée par les plus hauts salaires. Tout bêtement, beaucoup ne bénéficient plus des fruits de la croissance des revenus de leur société car quelques-uns en captent la majeure partie.

Alors, pour revenir aux interrogations de Robert Frank : le Richistan a changé, on y travaille bien plus qu’on y paresse…

Ils n’ont plus les mains blanches, sont-elles pour autant des mains de travailleurs, « meurtries et broyées » ?

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