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Libertinage et agression sexuelle

3 min
À retrouver dans l'émission

Je ne sais pas si c'est facile d'avoir les idées claires : l'accusation aux Etats-Unis de DSK pour agression sexuelle a le mérite de poser de nombreuses questions.

Première interrogation, elle porte sur notre perception de la délinquance sexuelle.

Quand elle se déroule dans les caves des quartiers de banlieue, la délinquance sexuelle apparaît dans les discours et les médias comme un phénomène hautement menaçant. Souvenez-vous : il y a dix ans, les « tournantes », largement médiatisées, ont été associés aux jeunes des quartiers populaires et ont contribué à les stigmatiser encore davantage.

Bien différent est le traitement actuel de l'affaire DSK : l'éventualité d'une délinquance sexuelle dans la suite luxueuse d'un grand hôtel semble une anomalie, une aberration, si difficile à croire qu'on commence par convoquer la théorie du complot.

Pourtant, comme le rappelle l'association Osez le féminisme , cette façon de prendre les choses relève d'une « méconnaissance totale du viol comme phénomène de société (…) le viol concerne toutes les catégories sociales. Il n’est pas réservé à un certain profil d’hommes et ne concerne pas seulement des femmes au physique très attrayant. »

Ca fait toujours du bien de le rappeler. Les violeurs sont parmi nous.

Alors, bien sûr, l'éminence du protagoniste joue beaucoup dans la différence de perception, entre la cave de banlieue et la suite de l'hôtel, mais pas seulement.

Nous ne sommes pas délivrés des préjugés les plus archaïques sur les hommes de pouvoir. Or DSK en est un.

Et depuis son arrestation, on a le droit à un florilège d'amalgames. Y compris la presse étrangère s'en donne à cœur joie, rappelant que la France est le pays de la gaudriole et des propos lestes, qu'amours et pouvoir y font bon ménage. Et on a le droit à tout, dans la bouche des hommes comme des femmes. Dominique Strauss-Kahn présenté comme un séducteur, en cela fidèle au portrait de nos hommes politiques dont la sexualité débordante est interprétée comme un signe de vitalité, un gage de tenue.

Mais ce n'est pas du tout cela dont il est question. Dans l'affaire qui nous occupe, il ne s'agit pas de l'expression d'un tempérament national. Aucune comparaison possible avec la liaison adultère entretenue par Mitterrand pendant des années. Car on parle d'une accusation pour tentative de viol.

Un blog sur Médiapart rapportait que dimanche un journaliste de BFM TV avait posé cette question à un de ses pairs, Olivier Mazerolle : si DSK était reconnu coupable pourrait-il être excusé par les Français ? Olivier Mazerolle a répondu par un non catégorique, ouf ! Soulagement.

Mais quelle question, tout de même ! Qui témoigne, encore une fois, de la confusion dans les esprits entre l'amourette extra-conjugale, que les Français ont en effet tendance à tolérer, et une agression sexuelle.

Comme l'écrit l'auteure de ce blog, Eve Gianoncelli, on s'étonne « de devoir rappeler le hiatus qu'il existe entre des relations entretenues entre personnes consentantes et la violence sexuelle pouvant prendre la forme d'une tentative de viol ».

En un mot, il n'y a pas de continuité entre la séduction et l'agression.

Même son de cloche de la part de l'association Mix-cité : «"La liberté sexuelle, le libertinage n'ont rien en commun avec la violence sexuelle", écrivent-ils, eux qui soulignent que le directeur du FMI "n'a pas été arrêté du fait de sa faiblesse pour les femmes" mais bien parce qu'on suppute un crime.

Dernière question dans cette affaire : des articles sortent et rappellent que le petit landerneau savait que Dominique Strauss-Kahn avait une relation singulière aux femmes.

Oui, peut-être, mais un dragueur, même insistant, ne fait pas un violeur potentiel... Toujours ce distinguo qu'il faut conserver à l'esprit, entre un coureur de jupons et un violeur. Celui qui joue le jeu amoureux, ou celui qui passe outre.

Bien sûr on rétorquera que les choses ne sont pas si claires. Et que parfois le consentement est obtenu dans une zone grise qu'il faudrait explorer, entre abus de pouvoir et légères pressions. Force est de constater que le minimum serait que la différence soit bien établie entre un agresseur et un don juan.

Et des agresseurs comme des don juan, on en trouve dans les caves comme dans les grands hôtels.

http://www.mediapart.fr/blog/183042

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