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Obama philosophe

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Obama le lent, le réfléchi, se faisant prier avant de dévoiler (enfin cette nuit) les axes du retrait d’Afghanistan, Obama le convenable, impuissant à se faire entendre dans le dossier du Proche-Orient, et la semaine dernière, un représentant d'un influent réseau des blogs et de médias citoyens américains lâchant de manière définitive : « Beaucoup d’entre nous n’attendent plus rien d’Obama. Il énonce clairement ce qui ne va pas, puis ne fait rien. Il passe pour un cynique. ». fin de citation.

La gauche progressiste américaine doute de plus en plus, c’est une évidence. « Sur tous les sujets, Obama, le président intelligent, s’est comporté comme un idiot », ajoute un autre membre du réseau Netroots.

N'y aurait-il que du vide derrière cette figure lisse sur laquelle les espoirs de toute l’Amérique se sont reflétés dans un enthousiasme qui reste dans les mémoires, et dont chacun garde la nostalgie ? Cet excellent orateur, cet homme qui a prononcé certains des plus beaux discours de l’histoire américaine, qui est-il ? Comment pense-t-il ?

Un livre est paru aux Etats-Unis avec l’ambition de traiter Barack Obama comme un homme d’idées, un être intéressé non pas à transformer le monde seulement, mais aussi à le comprendre.

Le livre qu’a signé l’historien James Kloppenberg, spécialiste de l’histoire intellectuelle américaine, a donné lieu à une recension qu’on peut lire en français sur le site La vie des idées, une recension de Michael C. Behrent.

Kloppenberg retrace l’évolution intellectuelle de Barack Obama dès les premières manifestations de son goût pour la pensée, lors de ses études en Californie, au début des années 1980, puis à Columbia (New-York), en passant par les épisodes formateurs que furent son expérience d'animateur et de militant des quartiers pauvres de Chicago, ses études à la faculté de droit de Harvard, et son enseignement du droit à l’Université de Chicago.

Il voit chez Obama tous les traits d’un homme marqué par la pensée communautarienne. Le mot n’évoque rien de ce repoussoir qu’est pour nous en France la communauté, ou au communautarisme. C’est une école philosophique qui répond au libéralisme en l'attaquant sur sa conception de l'individu le libéralisme postule un individu sans attache, exclusivement rationnel cet être-là n'existe pas aux yeux des communautariens pour qui l'homme est autant relationnel que rationnel. La dépendance vis-à-vis de l'autre est tout aussi constitutive de l'homme que sa raison. L'homme est toujours issu d'un groupe et porteur de valeurs qui le façonnent, ce groupe. Le militantisme de Barack Obama dans les quartiers pauvres avait justement pour but de mobiliser le sentiment d’appartenance communautaire au service des intérêts des plus démunis.

D'ailleurs Obama évoque le sentiment de « vide » qu’éprouvent de nombreux citoyens à l’égard de la vie moderne, ce qui est un thème en effet de la pensée communautarienne, le vide que la religion peut venir combler, parce qu’elle assure du lien.

Et pourtant, il est tout aussi convaincu, semble-t-il, que la religion et ses absolus sont un problème pour la vie en commun. Que faire devant leur confrontation inévitable ?

C’est là qu’apparaît Obama le pragmatique, une autre facette révélée par l’historien Kloppenberg : Obama a la conviction que les valeurs doivent s'élever au niveau de l'universel (autant que possible) pour rentrer dans l'espace délibératif. Il faut accepter de soumettre nos convictions à l'épreuve de la discussion, toujours !

Bref, l'homme croirait profondément à la valeur de la délibération démocratique. Cela signifie que la prédilection de Barack Obama pour la conciliation, le dépassement des clivages, qu’on lui reproche tant, ne viendrait pas d’un penchant tout personnel et affectif, mais de convictions profondes forgées par la fréquentation des grandes traditions politiques américaines.

Trop philosophe, en conclusion, et pas assez président...c'est peut-être son défaut, c’est pour l’instant l’objet de beaucoup de déceptions... A voir !

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