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Petites menottes, grosse émotion

3 min
À retrouver dans l'émission

Que dire ? Qu’une fois encore, on ne savait pas trop quoi penser… Pas d’idées arrêtées, pas de jugements définitifs. Oui, Dominique Strauss-Kahn a été photographié avec des menottes…Oui, selon la loi française, c’est une faute de diffuser ces images.

Mais pourquoi un tel émoi ? pourquoi faire si grand cas de ces petites menottes ?

L’homme s’est fait prendre dans l’Etat de New-York et il a été soumis à une procédure américaine. Outre-Atlantique les photos de l’accusé sortant du commissariat sont des grands classiques. Cette séquence très particulière a même un nom : le « perp walk », littéralement la marche de l’auteur des faits. Toujours menotté et encadré par des policiers. La séquence est presque institutionnalisée.

Et pourtant en France, le débat s’est ouvert : fallait-il montrer les mains entravées de DSK ? Lequel débat s’est contenté d’un seul argument, celui de l’hypocrisie : empêcher à certains médias de diffuser des photos qui de toute façon foisonnent sur la Toile ? ce n’est que tartufferie….

Mais au fond, la vraie question est : pourquoi trouvons-nous choquantes et dégradantes des images que les Américains jugent banales ?

Pas de raison de croire que nous serions attachés à la « dignité » de l’individu quand eux ne le seraient pas, sauf à accréditer des vieux poncifs antiaméricains comme quoi ils ne seraient qu’à demi-civilisés.

Sur la plateforme internet Culture visuelle , toujours riche, toujours accessible gratuitement et donc toujours hautement recommandée, on échafaude des hypothèses. Et certaines sont assez intéressantes.

Comme celle qui interroge notre façon, à nous Français, ou peut-être faut-il dire à nous Latins, de croire aux images, d’y croire pleinement, sincèrement, ouvertement. Comment expliquer l’émoi qu’ont suscité ces images, si l’on n’admet pas qu’elles ont été perçues à elles seules comme une condamnation ?

Et c’est probablement parce qu’à nos yeux elles valent condamnation que leur usage a été interdit par la loi Guigou de 2000 sur la présomption d’innocence. A l’époque, la justice traitait d’affaires sensibles, politico-financières. Des hommes d’influence, de pouvoir, se retrouvaient dans la position de prévenu. Il n’était pas question que la mise en examen se double d’une exhibition publique qui aurait fait perdre à l’intéressé tout son prestige.

Olivier Beuvelet poursuit l’analyse en rappelant le vieil inconscient monarchique français. « Ce qui nous paraît insupportable c’est cet outrage fait à celui que nous rêvions de voir en prince, parce que nous sommes idolâtriquement attachés à l’étiquette, au respect du rang et de la fonction, comme dans une société de castes… »

Bref, nous serions incapables de tolérer la déchéance des puissants (sauf dans le cas extrême de l’échafaud)

Les menottes, va pour le criminel de bas étage, pas pour un éventuel candidat à l’élection présidentielle…

Et Olivier Beuvelet de poursuivre son idée : tout ça parce que « nous ne voulons pas lâcher cet amour irrationnel des images saintes, du prestige de nos seigneurs, de leur face balsamique, et que nous concevons leur titre et la force de leur image comme des éléments intangibles et constitutifs de leur personne, pareils au sang bleu. » (fin de citation)

En un mot, la perception des images n’est jamais neutre, l’affaire DSK ne fait que le confirmer.

Du côté américain, il est fort à parier que dans le même cliché on ne voit pas l’outrage d’un maître traité en plébéien, mais certainement la fierté des policiers ayant accompli leur mission. Et que l’on ressente, de surcroît, la satisfaction d’une justice faisant son devoir. Dans une société où quiconque peut devenir riche du jour au lendemain (c’est en tout cas la croyance collective et fédératrice), il est rassurant de voir que la roue tourne dans les deux sens. Leçon de démocratie , a pu titrer une analyse du Monde ( à condition, bien sûr que l’on ne se penche pas sur la suite du procès où la puissance de l’argent joue à plein contre l’égalité des justiciables)

Retour en France pour laisser la conclusion à Jean de la Fontaine :

« Les Grands pour la plupart sont masques de Théâtre

Leur apparence impose au Vulgaire idolâtre. »

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