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Populisme (bis)

4 min
À retrouver dans l'émission

On n'en a pas fini avec le populisme !

Marcel Gauchet notre invité il y a quelque semaines le disait, d'ailleurs, sans l'ombre d'une hésitation : c'est le chantier intellectuel qui s'ouvre devant nous. Tandis qu'en Tunisie, on s'active à donner forme à la démocratie, nous nous posons à nouveau, ici, la question de la bonne distance au peuple. Car si l'oublier, le peuple, c'est criminel, le flatter, c'est à peu près aussi contestable.

Peut-être connaissez-vous déjà le magazine en ligne Causeur, causeur.fr, animé par Elizabeth Levy. C'est aussi un mensuel sur papier, un magazine d'opinions, doté d'un sous-titre qui fonctionne comme un slogan à l'attention de son visiteur ou lecteur : « surtout si vous n'êtes pas d'accord » . Alors évidemment ça attise la curiosité... et je suis allée chercher le contre-pied qu'on trouve souvent dans ces pages. Que dit-on dans Causeur du populisme ? Eh bien, on commence par s'énerver de ce réflexe, répandu maintenant, qui vise à jeter l’opprobre avec le qualificatif de « populiste ». On lira notamment au milieu de plusieurs articles dont un entretien avec Marcel Gauchet, justement, une déclaration assez humoristique d'Aimée Joubert et Marc Cohen : pourquoi nous sommes « anti-antipopulistes ».

C'est pas mal, comme point de départ, car après tout, pour réfléchir à ce qu'est le populisme, on peut commencer par comprendre pourquoi il nous effraie. Pourquoi l'épithète fonctionne comme un repoussoir, parfois un repoussoir un peu trop facile pour être honnête

Un autre journal mène la réflexion également sur le populisme, la revue Savoir/agir , une revue trimestrielle, qui en est déjà à son quinzième numéro. Elle est éditée par l'association du même nom, Savoir/agir, anciennement Raisons d'agir, et les éditions du Croquant.

Je me suis arrêtée sur les articles du sociologue Gérard Mauger qui part du même constat : la notion de « populisme » fait office d'insulte omnibus. Or si elle dénote clairement une intention de stigmatisation chez ceux qui l'emploient, il est beaucoup plus difficile de cerner ce qu'elle vise.

D'ailleurs, il y a deux populismes. Car le peuple auquel renvoie le mot est en réalité double, il y a deux définitions bien distinctes. Le populisme peut renvoyer au peuple comme ethnie, le peuple français, et c'est alors une rhétorique qui joue sur un racisme anti-immigrés, un fantasme de l'invasion, et la défense de l'identité,,

Et puis il y a le petit peuple, le peuple populaire, « ceux d'en bas », les « gens » comme disait Robert Hue. Le registre est celui de la défense des exploités, des opprimés, des dominés, contre « l'establishment », contre les « privilégiés », les « élites ». C'est quand même très différent...

Reste à savoir pourquoi on emploie le même terme pour des phénomènes si distincts, qui ne se confondent pas, à l'exception notable et historique du « national-socialisme », où les deux registres étaient savamment mêlés, la défense à la fois sociale et ethnique des petits.

Gérard Mauger voit dans cet usage un tour de passe-passe : en confondant les appels au peuple racialisé et les appels au peuple populaire, on discrédite à peu de frais les seconds. « Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, même combat » : voilà ce que produit cette confusion volontaire.

Elle se fait, d'ailleurs, cette confusion, assez naturellement chez quiconque a peu de considération pour le peuple. Le peuple, qui a si souvent tort : la preuve, il a voté « non » au TCE, il est crédule, irrationnel, simpliste : il se range si facilement aux raisons du premier démagogue venu ! Cette attitude, le rejet du populaire, c'est ni plus ni moins ce que Bourdieu a appelé du « racisme de classe ».

Bien sûr, à l'autre extrême l'idéalisation d'un peuple mythifié a aussi ses limites, et du point de vue de la sociologie, on a de bonnes raisons de critiquer ces deux représentations du populaire. Quoi que, au moins, dans le rappel au peuple, il y a quelques vertus démocratiques suggère Gérard Mauger.

Pour terminer cette revue des idées, je vous renvoie au dernier numéro du mensuel Regards , animé par Clémentine Autain. On peut y lire une très belle interview de l'historien et démographe Emmanuel Todd. On ne trouvera ni racisme de classe, ni exaltation du peuple contre les élites, non, d'autant plus que Todd pense que la solution viendra des élites, précisement. « Je plaide, dit-il, pour un retour des élites à la responsabilité sociale. Les vraies émergences démocratiques se font quand une partie importante des élites prend en charge les intérêts du peuple. Je ne suis pas optimiste, mais je ne désespère pas. »

Gardons espoir, en effet, la réflexion sur le populisme a au moins cette vertu (devrait avoir cette vertu ) : rappeler la classe politique à sa responsabilité.

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