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Premières révolutions post-léninistes

4 min
À retrouver dans l'émission

Voilà qu'on se lamente en France sur la disparition d'un leader, les Français attendaient, paraît-il, le match, le combat entre titans, celui qui allait opposer Nicolas Sarkozy à Dominique Strauss-Kahn.

Bon, il faudra s'y faire. Aujourd'hui les candidats à la primaire socialiste n'ont rien de gigantesque. François Hollande reprend même à son compte une drôle de promesse : celle d'être un « président normal ».

Mais au fond, quelle importance ? On l’a eue, notre ration d'incarnation, de people, et de théâtralisation du pouvoir.

La tendance serait même à son effacement. Oui, curieusement ce que met en scène, comme un miroir inversé, le récit des révolutions arabes, ce que confirme à sa manière le succès des « Indignés » en Espagne, c'est une image, celle du trône vacant, du centre déserté, de la chaise vide,

Aucun chef pour s'y asseoir. Pas de protagoniste. Absence totale d'incarnation.

Au contraire, à l'attention de la classe politique, les révoltés de la Puerta del Sol crient : « Vous ne nous représentez pas ». C'est même le slogan du mouvement. Là bas, sur le camp des « Indignés », les élections municipales et régionales n'ont pas été au cœur des discussions. La plupart de ses membres ont même refusé de voter.

Ainsi, sans leader, sans force politique instituée, sans idéologie affichée, le mouvement du 15-mai se prête à la comparaison avec les révolutions arabes. Le parallèle est tentant.

D'autant plus que le cousinage est patent dans l'utilisation des réseaux sociaux. Vous savez qu'on l'appelle sur twitter la contestation espagnole la « #spanish revolution », sur le modèle des fils créés pour suivre les événements révolutionnaires dans les pays arabes. Autrement dit, la filiation est revendiquée par les militants eux-mêmes.

Elle m'amène à reprendre un entretien avec le spécialiste de relations internationales Bertrand Badie, entretien qu'on trouve dans le dernier numéro de la Revue des deux Mondes .

Le dossier est astucieusement titré « La révolution en ligne » ce qui permet de souligner à quel point il est difficile de penser ces révolutions sans internet. Cela n'aurait aucun sens d'en proposer une analyse sans prendre en compte le renouvellement des modes de mobilisation qu'ont offert les réseaux sociaux.

Car finalement comment qualifier leur rôle dans les soulèvements arabes autrement que comme fondamental ? Ils ont « remplacé l'organisation, le leader, et même l'idéologie » répond Bertrand Badie. « Les espaces sociaux font figure depuis début 2011 de centre de gravité. C'est un phénomène qui rompt non seulement avec ce que nous avions coutume de percevoir dans le monde arabe mais aussi avec notre sociologie des révolutions telle qu'elle s'est constituée à partir de 1917. »

1917 : la révolution russe. 2011 : les révolutions arabes qui sont « premières révolutions post-léninistes, soutient Bertrand Badie, autrement dit, des révolutions sans leader, sans parti, sans organisation structurée, sans idéologie, sans doctrine. »

Tout ce bouleversement n'est certainement pas à mettre sur le compte des nouvelles technologies qui accompagnent aussi (autant qu'elles fédèrent) un mouvement profond. Mais le fait est qu'on se dirige toujours davantage vers l'individualisation, vers le désir d'autonomie et donc la remise en cause d'une dynamique politique qui serait l'apanage d'un centre.

Bertrand Badie insiste sur ce décentrement. « Nous sommes les témoins, dit-il, d'une remise en cause de tout ce qui fonde la politique classique, à savoir l'élitisme, le secret, le territoire et la frontière ».

Rien que ça.

Quel trouble tout de même : les anciens repères disparus, plus de leader, plus d'idéologie. Si j'étais plus vieille, je dirais qu'il est temps de quitter ce monde, mais je n'ai pas l'âge de ces paroles définitives. Adaptation obligatoire ! Et j’avoue une curiosité bien réelle pour ces soulèvements de part et d'autre de la Méditerranée.

Attention ! Contestation de la classe politique classique et absence d'idéologie qui ne veut pas dire que ces mouvements ne sont pas nourris, au contraire, de principes : on revendique la dignité d'un côté (Tunisie et Egypte), on parle d’indignation de l'autre. Là aussi étonnante proximité...

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