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Tous optimistes ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Ca laisse perplexe, mais c'est indéniable, c'est même un phénomène éditorial. Ecoutez ces titres : Un petit coin de paradis , d'Alain Minc, Les Trente glorieuses sont devant nous , de Karine Berger et Valérie Rabault, Bonnes nouvelles des conspirateurs du futur , de Michel Godet, Le Fabuleux destin d'une puissance intermédiaire, de Jean-Hervé Lorenzi.

« Fabuleux », « glorieux », « bonnes nouvelles », un feu d'artifice de pensées positives ! Ah oui, comme c'est sage : apprendre à se contenter de ce qu'on est, une puissance intermédiaire, et retrouver le chemin de la satisfaction. On l'a déjà baptisé, ce mouvement qui s'impose dans le débat public : le « néo-optimisme ». Ses tenants ont même un site : « tousoptimistes.com »

Leur bête noire : le déclinisme, bien sûr. Le déclinisme qui avait occupé la scène intellectuelle pendant toute la précédente campagne électorale. C'était un essai de l'économiste Nicolas Baverez qui avait donné le ton. Souvenez-vous du titre de son ouvrage, La France qui tombe . On n'entendait plus que ça : la fin de l'école, la baisse de compétitivité, l'essoufflement de la recherche, la disparition du tissu industriel, etc. Sur tous les plateaux, et dans tous les hebdos.

Impossible, personnellement, d'adhérer à ce discours. Trop noir, trop manichéen, et de toute évidence roulant pour une victoire du candidat de la rupture.

Mais faut-il pour autant se jeter dans les bras des néo-optimistes ? On parcourt leur site, on trouve quelques noms connus dans le comité de parrainage : Anne Lauvergeon, les économistes Olivier Pastré, Philippe Aghion, Michel Godet, l'écrivain Eric Orsenna, l'homme d'affaires Maurice Levy, l'architecte Antoine Grumbach,...

Rassemblement très éclectique...

Leur credo : la France doit se remettre à y croire. Il ne faudrait pas grand chose, disent nos prophètes de bonheur, pour que l'opinion publique retrouve confiance. D'ailleurs, le pessimisme serait même un trait caractéristique des élites. « La capacité d’épargne de nos citoyens, la croissance démographique, la vitalité des entreprises sont des signes fondamentaux qui prouvent que la France ne va pas aussi mal que le pensent ses dirigeants et ses médias ».

Bon... et bien tant mieux. Et qu'importe notre scepticisme personnel sur ce qui ressemble quand même, malgré tout, à une conviction un peu fabriquée. « Soyez positif », cette nouvelle injonction sent les salons parisiens, au moins autant que la mode décliniste qui l'a précédée.

Mais plus intéressant est de se pencher sur la traduction politique de ce nouvel état d'esprit, ou prétendu tel. Mathieu Deslandes tient sur rue 89 un blog qui analyse les mouvements d'idées au sein des partis politiques. Pour lui, les choses sont simples : le déclinisme n'a pas disparu, il a juste...déménagé.

Il s'est confortablement installé au sein du programme du Parti Socialiste. Le mot n'apparaît pas, mais l'idée est partout, écrit-il. Dans le regret d'une France qui exerçait une influence politique et culturelle à nulle autre pareille, une France au premier rang d'une Europe qui comptait, dans la nostalgie d'une époque où les institutions républicaines primaient sur l'argent. Et dans cette phrase (d'un style lui-aussi à nul autre pareil): « la France est dans le brouillard d'elle-même » (quand je pense que nous sommes une nation littéraire!).

Enfin bref, le Parti socialiste se serait converti à la thèse du déclin, pris en tenaille entre la droite et l'extrême gauche. C'est l'analyse d'une des néo-optimistes précédemment cités, Karine Berger : d'un côté la droite s'est fait voler le déclin par une extrême droite qui entonne adroitement le thème du « tout est fichu, replions-nous », de l'autre l'extrême gauche voit dans la mondialisation la cause de l'effondrement. « Petit à petit, dit-elle, la gauche a été influencée des deux côtés, et a fini par intégrer ce qui était le discours dominant de la droite. »

A voir…On est curieux, en tout cas, de savoir si le mouvement de balancier portera la droite du côté du néo-optimisme. Forte de l'intervention militaire de la France et de sa nouvelle politique extérieure, elle entonnera peut-être le thème de la grandeur retrouvée, à moins qu'elle n'arrive à prouver que la crise est une formidable opportunité. Le site tousoptimistes.com a réussi à dénicher un éditorialiste portugais qui a une conviction profonde et qui l'assène : profitons de cette déroute pour nous mettre au travail !

Ah vive l'optimisme ! La droite n'a plus qu'une chose à faire : s’inspirer de Frédéruc Lefebvre et relire…Candide et Voltaire !

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