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Une guerre d'intellectuels ?

4 min
À retrouver dans l'émission

La Libye est-elle la guerre des intellectuels de gauche ? Et si oui, en quoi ces intellectuels de gauche différent-ils des néoconservateurs ?

Question que l'on pourrait encore reformuler autrement : la Libye est-elle un Irak de gauche ?

Pour sonner d’une drôle de façon à nos oreilles, ces interrogations n’en sont pas moins récurrentes dans le débat public aux États-Unis.

Et pour cause : un argument qu'on entend peu de ce côté de l'Atlantique est mis en avant régulièrement là-bas : il ne faut pas revivre un nouveau Rwanda, il n'est pas question de « laisser faire ». C'est l'une des raisons qui auraient motivé la participation des États-Unis à l'action militaire en Libye : le massacre prévisible de Benghazi, le bain de sang annoncé, ne devait pas devenir le Rwanda d'Obama. Lui-même en justifiant cette intervention a redit que si beaucoup de pays peuvent fermer les yeux sur les atrocités qui se commettent dans d'autres, les Etats-Unis, eux, ne le pouvaient et ne le devaient pas.

Les plus fins observateurs ont immédiatement lu en creux dans ces phrases une référence au génocide rwandais. De fait, ce précédent semble très important aux yeux d'Hillary Clinton, comme de Susan Rice, la représentante permanente des Etats-Unis à l'ONU. Mais plus encore qu'à ces deux femmes, c'est à l'autorité d'une troisième personne que l'on attribue le retour de cet argument.

Cette troisième personne, c'est Samantha Power, aujourd'hui membre du Conseil national de sécurité, la plus haute instance de conseil du Président américain. Samantha Power est une grande figure de la lutte pour les droits de l'homme, dont elle a fait sa cause pendant la Bosnie. Elle était alors jeune reporter, 22 ans, immédiatement repérée pour son courage et son audace.

Mais c'est son livre surtout, qui la propulse au plus haut niveau, son livre pour lequel elle reçoit en 2002 le prix Pulitzer.

Il s’agit d’un essai sur l'Amérique à l'âge des génocides, qui s'appuie sur les exemples de l’Arménie, de l’Allemagne nazie, du Cambodge et...du Rwanda, une réflexion sur l'aveuglement volontaire des gouvernements. L'ouvrage a été adoubé par Richard Holbrooke, l’homme des accords de Dayton, son mentor. Et lui a valu sa première rencontre avec Barack Obama, alors jeune sénateur. On dit que Samantha Power a, depuis, toujours gardé son oreille. .

C'est elle qui aurait joué un rôle important dans l'interprétation de la situation libyenne à travers l'exemple rwandais. Grille de lecture extrêmement contestée dans la presse américaine aujourd'hui.

Mais Samantha Power, ce n'est pas qu'une grande capacité de persuasion et une influence semble-t-il considérable, c'est aussi un charisme très singulier. Car Samantha Power séduit les médias. La belle quadra à la chevelure flamboyante est surnommée la « femme fatale du monde humanitaire », pose en robe noire pour le magazine Vogue et...(oui oui) elle a joué au basket avec George Clooney.

Mais tout ça, au fait, ça ne vous rappelle rien ? Dans The new Republic, on n'hésite pas à faire le rapprochement : Samantha Power à Washington et...à Paris, Bernard Henri Levy ! Eh oui. Deux des personnes qui ont appelé avec vigueur à une intervention au Darfour ont joué dans la crise libyenne un rôle crucial. Ils ont plaidé pour l'intervention et cette fois, ils ont eu gain de cause.

« La Libye, écrit le grand journaliste David Rieff, la Libye, on s'en souviendra probablement comme d'une guerre créée et encouragée par des intellectuels »,

BHL à Paris, qui obtient la reconnaissance du conseil national de transition, Samantha Power à Washington. Des intellectuels libéraux comme on dit là-bas, c'est-à-dire dotés d'une sensibilité de gauche.

Mais alors en quoi ces intellectuels de gauche diffèrent-ils finalement des néoconservateurs ? Qui eux-aussi ont toujours plaidé pour l'interventionnisme ?

Stephen Walt, professeur de relations internationales à Harvard, affirme sur le blog Foreign policy que les ponts sont nombreux : les « liberals » comme les néocons vantent les mérites de la démocratie, les uns et les autres estiment que le pouvoir des Etats-Unis et surtout leur puissance militaire peuvent être un outil très efficace de diplomatie. Les uns et les autres pensent que l'Amérique a le droit et la responsabilité de résoudre beaucoup de problèmes dans le monde entier. Et les deux groupes sous-estiment systématiquement la difficulté de la tâche... »

De différence, il n'en voit qu'une : le multilatéralisme. Mais est-ce une si petite différence ?

Sans naïveté excessive, rappelons tout de même une chose : si l'administration Bush avait respecté la communauté internationale, l'intervention en Irak n'aurait simplement pas eu lieu.

Voilà pourquoi la Libye n'est pas l’Irak. De là à penser qu’elle se prête à la comparaison avec le Rwanda, c’est une autre affaire.

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