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Vers un "convivialisme" ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Nous trimbalons tous une vieille « nostalgie du néolithique ». Voilà ce que disait le grand anthropologue Alfred Métraux dans des termes un peu plus choisis. Oui, une nostalgie du néolithique, non pas parce que nous sommes tous un peu niais, ce qui est une certitude, ou que nous nous regrettons un paradis perdu, mais nous gardons simplement la conviction, écrit l'éditorialiste de la revue Décroissance , « nous gardons la conviction que d’autres cheminements civilisateurs étaient possibles, sans doute plus riches en sapience et en humanité ».

Au moment de Fukushima, c'est difficile en effet de ne pas s'interroger sur la voie qui est la nôtre, celle que nous avons choisie. Après cela, comment combattre la nostalgie du néolithique ? C'est la question que se posait, déjà, le publiciste anglais Thomas Paine en 1797 : comment rendre l'état de civilisation préférable à l'état de nature aux yeux de la grande majorité des humains ?

Et c’est la question que pose à nouveau le petit livre qui vient de paraître aux éditions la Découverte. Il regroupe des contributions d'Alain Caillé, de Serge Latouche, de Patrick Viveret et Marc Humbert.

Comment rendre l'état de civilisation préférable ? Voyons déjà ce qui nous rend malheureux, propose Patrick Viveret. Ce qui nous rend malheureux, c'est la démesure, le toujours-plus, et le mal-être qu'il engendre, car l'un se nourrit sans cesse de l'autre : c'est le cercle vicieux.

Il faut en terminer avec cette démesure car elle nous condamne à vivre toujours plus de catastrophes. Et écoutez bien ces lignes qu'il écrit, évidemment bien avant la tragédie japonaise « De même qu'il y a eu des répliques sismiques de la crise financière, de même nous connaîtrons des répliques sismiques en matière écologique et en matière sociale. »

On l'a compris, selon Viveret, notre modèle d'organisation du monde, fondé sur la croissance et le productivisme, est instable et dangereux. Nous sommes assis sur une faille...

Pourquoi continuer à construire sur cette faille ? Parce que le confort apporterait la félicité ?

Eh bien, non. On sait depuis les années 70 que passé un certain stade, la corrélation entre l'accroissement du PIB et le bonheur moyen s'affaiblit. On peut devenir toujours plus riche sans être pour autant plus heureux. La science économique et sociale a enfin démontré ce qu'on savait depuis longtemps : l'argent ne fait pas le bonheur.

C'est ce qu'Ivan Illich avait compris depuis longtemps. Et son raisonnement est même plus subtil : jusqu'à un certain stade, dit-il, les grandes institutions de la modernité remplissent leur objectif et contribuent à l'accroissement du bien-être et de la liberté humaine. Mais, passé ce stade, la logique des moyens cannibalise les fins elles-mêmes, et ces grandes institutions se retournent contre elles-mêmes l’hôpital engendre des maladies iatrogènes l'école éduque moins qu'elle n'enseigne l'ignorance malgré l'avion, on se déplace de moins en moins vite – si l'on prend en compte le temps nécessaire pour gagner de quoi payer son billet...

Et quand les grandes institutions nous enchaînent plus qu'elles nous libèrent, quand elles nous apportent plus de malheur que de bonheur, où allons-nous donc nous réfugier ? Eh bien dans la nostalgie du néolithique !

On y revient : comment rendre la civilisation préférable à l'état de nature ? En réorganisant l'art et la manière de vivre-ensemble, répondent les auteurs de ce petit livre. En dessinant les traits d'une société agréable à vivre plutôt que riche matériellement.

Ils retrouvent l'intuition d'Ivan Illich : il faudra bien à un moment chercher les voies d'une société plus « conviviale ».

Mais comment faire ? Comment éviter que l'appel à la convivialité ne tourne au slogan gentillet : « si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main... » ?

D'abord en prenant la question au sérieux, en imaginant un « convivialisme » comme il y a eu le communisme, le socialisme, le libéralisme. En s’écartant de ces idéologies mais sans renier ce que chacune d'entre elles a de meilleur.

Et surtout, en dessinant un récit positif de l'avenir, en cherchant à construire les bases d'une nouvelle théorie politique.

Alain Caillé rassemble, sous la forme d'un petit manifeste, les pistes des uns et des autres. Les voies d'un convivialisme supposeraient notamment la création d'un revenu universel et inconditionnel, et un plafond strict de ressources maximales. Toujours lutter en bas contre la misère, en haut contre la démesure. Ce n’est qu’une ébauche, mais elle est passionnante.

De quoi chasser la nostalgie du néolithique….

Ça s'intitule De la convivialité, et c'est paru aux éditions La Découverte….

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