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Animer

3 min

A la suite de courriers reçus après une chronique récente sur les visites de châteaux complétées par celles de parcs animaliers, je me suis demandé s’il ne faudrait pas réfléchir un peu à la notion d’ « animation », en particulier celle d’ « animation culturelle »

On range sous cette appellation commode, et assez vague, toutes sortes de manifestations en rapport avec la « culture », et les lieux culturels : parcours de visites, textes qui les accompagnent, propositions pour les enfants, et les « scolaires ». (Je trouve le mot affreux, mais bon, c’est comme ça qu’on dit)

Je me méfie un peu de l’ « animation culturelle », car elle devient très vite très envahissante. J’ai souvent l’impression qu’on ne nous laisse pas assez tranquilles, qu’on nous tire sans arrêt par la manche. On dirait qu’on « ne sait pas quoi inventer » pour nous distraire à tout prix et nous occuper, comme des enfants.

Le point de départ de l’ « animation culturelle » est pourtant tout à fait estimable. L’idée est liée à celle de d’éducation populaire et remonte à la révolution, avec Condorcet, puis plus tard avec Jean Macé et la Ligue de l’enseignement fondée en 1866. Dans les débuts de la IIIème république, elle s’accompagne d’une volonté de contribuer à la formation des citoyens. Elle entraîne alors la création d’universités populaires et voit naître « l’éducation spécialisée », devenue plus tard « la jeunesse et les sports ». Au moment du Front populaire, Léo Lagrange instaure le loisir populaire afin de construire une société «saine et heureuse»

Après la guerre, dans le sillage de la libération et du grand mouvement de rénovation, Joffre Dumazdier, né en 1915, devient le grand théoricien d’un loisir qui, je cite, « bien que conditionné par la consommation de masse et la structure de classe est de plus en plus le centre d'élaboration de valeurs nouvelles, surtout chez les jeunes ».

De même la revue l’Action laïque en 1950 : il faut « créer des loisirs sains et éducatifs pour mener à bien l'immense ouvre de rénovation nationale»

Un corps officiel d'instructeurs spécialisés est institué par Jean Guéhenno, chargé de la Direction des mouvements de jeunesse et d'éducation populaire.

Au fond le « culturel » relevait d’une option politique et sociale : apporter à chacun ce que sa naissance ou son instruction ne lui a pas apporté, et à travers cela, promouvoir une société plus juste et plus fraternelle.

L’ « animation culturelle d’aujourd’hui en prolonge-t-elle la leçon et l’esprit ? Oui, dans ce qui subsiste de l’accueil de jeunes dans des centres de loisirs et de vacances. Mais pour le reste, on pourrait dire qu’il s’est complètement perdu dans la notion moderne de « loisir » et qu’il ne reste pas grand chose de cette utopie dans les « animations » que proposent sites et châteaux.

Ce n’est souvent désormais qu’une série d’arguments de promotion et de vente.

D’ailleurs on dit « animation » tout court. Et il n’y reste pas grand chose du sens premier d’animer, qui veut dire insuffler de l’esprit et de la vie. Du latin anima, qui a donné âme, mais veut d’abord dire vie.

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