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De la notation

4 min

Pour terminer l’année, et aussi cette chronique, qui disparaît à la rentrée, je voudrais une dernière fois montrer que je ne renonce pas, pour ma part, à avoir sur toute sorte de sujets des idées claires, ou du moins les plus claires possibles.

Eh bien, s’il y a bien un sujet où cela importe, c’est à l’école la question de la notation. Et cette question a ressurgi récemment. Voici ce qu’a déclaré le ministre : « Il faut que l’évaluation soit bienveillante et qu'elle stimule au lieu de décourager". Qui dit le contraire ? Mais cela inquiète : on a déjà eu cette décision contestable de noter dans une dictée les mots correctement écrits et non les fautes. Les résultats de nos élèves sont de plus en plus mauvais, la tentation est donc grande d’accuser le baromètre d’être la cause du mauvais temps.

Bien sûr de mauvaises notes assénées sans explication peuvent être traumatisantes, il ne faudrait cependant pas oublier qu’une bonne note est un encouragement, et qu’elle contribue à l’apprentissage. La note a son rôle à jouer dans deux directions : en amont, pour prendre en considération le progrès fait par l’élève, mais aussi en aval, pour ne pas perdre de vue le résultat objectif, commun à toute une classe d’âge, qu’on espère obtenir.

Deux observations donc, que je retire de deux excellents articles de l’Express et du Point.

Dans l’Express, Marie Caroline Missir note à juste titre que, s’en prendre à la notation, dit-elle, c’est mettre en cause l’identité de l’enseignant, son rôle, sa mission. Refuser la notation ou dire qu’une note négative est stigmatisante, c’est nier l’usage positif que l’enseignant est capable d’en faire, c’est même nier sa légitimité.

Je partage tout à fait ce point de vue. Or ce n’est malheureusement pas le cas de la soiciété en général et des parents en particulier, toujours prêts dans leur majorité à penser que le professeur qui met une mauvaise note « en veut » à leur enfant, et leurs enfants sentent bien qu’ils sont appuyés par leurs parents dans cette revendication prétendue de « justice » à leur égard.

Il y a là une dérive dangereuse. Car on perd complètement de vue le but visé : l’apprentissage d’une connaissance, d’un savoir. Exemple sur des blogs où des élèves commentent leurs notes au bac : « Bonjour, je voulais savoir quel était le barème pour les fautes d'orthographe au bac... J'ai entendu dire que c'était -1 pour 10 fautes. Si c'est le cas ça me paraît super injuste, quand on pense ce que ça fait 10 fautes sur 2 ou 3 copies c'est très peu ».

Qui est le meilleur juge pour dire si c’est vraiment très peu, ou déjà trop ? Le prof ou l’élève ? Tout est là.

Et je laisserai la conclusion à Michèle Cotta : « Une notation systématiquement bienveillante, faussement égalitaire, rendrait aussi un mauvais service à l'ensemble des jeunes scolarisés parce que l'école, si elle est faite d'abord pour dispenser le savoir, est aussi une école de la vie. »

Qui, elle, j’ajoute, ne leur fera pas de cadeau.

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