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Des rapports Nord-Sud

3 min

J’ai l’esprit obsédé depuis quelques jours par les images d’une vidéo qui montre l’assaut mené par des immigrants sur les grandes barrières semi électrifiées de Melilla au Maroc, enclave espagnole d’où les malheureux espèrent ensuite gagner l’Europe. Le même jour on apprenait qu’une quinzaine d’entre eux s’était noyée en Méditerranée du côté de l’Italie. Peut-être jetés de l’embarcation par le passeur cherchant à échapper à la police maritime.

Parmi les survivants, ou ceux qui avaient échoué à Melilla, l’un d’entre eux disait : j’en suis à ma trente-deuxième tentative, mais j’y arriverai un jour. Que voulez-vous disait le commentaire, la différence est entre eux et nous de 1 à 14 en niveau de vie et en salaire. Telle est la réalité des rapports Nord Sud, et une question vraiment insoluble.

Il y a une autre face des rapports Nord/Sud, et j’en ai pris conscience en lisant un livre publié aux éditions Albin Michel dans l’excellente « Bibliothèque des idées » dirigée par Hélène Monsacré. Ce livre c’est Psychotropiques , de Jean Loup Amselle. Son sous titre : La fièvre de l’Ayahuasca dans la forêt amazonienne. L’ayahuasca est classé substance illicite en France. C’est un breuvage hallucinatoire qui donne des visions et provoque de violents vomissements, considérés comme une purge. Il existe actuellement une véritable industrie de cette consommation sous forme de voyages au Pérou. Avec des conséquences incroyablement perverses et corruptrices y compris dans la société péruvienne.

Depuis Carlos Castaneda, on croaitt tout savoir sur l’attrait exercé par les médecines chamaniques sur les Occidentaux.

Jean Loup Amselle, connu pour ses travaux sur les « branchements », le métissage, le croisement des cultures, nous montre bien ce qu’il y a de nouveau dans cette explosion de la consommation d’ayahuasca et dans ce tourisme de la drogue : il repose plus explicitement que jamais sur la formule : « Nous avons la richesse, ils sont la sagesse ».

Il y a le touriste mystique en quête d’une découverte de soi, le disciple qui veut devenir chamane à son tour, le touriste médical qui cherche la guérison soit d’une maladie, soit d’une addiction à la drogue. L’un d’entre eux est addict à son ordinateur ; quel symbole, tout de même, la rencontre de Facebook et de l’herbe du diable!

Tous en commun une totale défiance envers l’esprit du rationalisme, scientifique et technique, et c’est là aussi le danger de ces pratiques. Ce sont des croyants, qui ont totalement renoncé à la critique de l’esprit des Lumières. Et ne voient même pas, juste à côté, la déforestation qui ruine la région !

La culpabilité à l’égard du « Sud », se renverse en une surestimation de ses richesses spirituelles. Qui annule toute volonté de vouloir changer le système.

C’était un peu la même chose, avec la mystification « ouvriériste » autour du prolétariat, qu’avait dénoncée en son temps le philosophe polonais Leszek Kolakovski.

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