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Élitisme républicain

4 min

Eh oui ! j’y reviens, deux occasions récents m’y autorisent.

La première, ce sont les résultats scolaires plus que moyens des collégiens dans les fameux classements PISA.

La 2ème est un surprenant transfert de trésorerie, par lequel on envisage d’abaisser le salaire des professeurs de classes préparatoires pour renflouer la caisse des ZEP. Comme à juste titre ils protestent, on leur refait le même vieux procès : celui de leur « élitisme », et plus largement celui des grandes écoles.

Le classement PISA montre que c’est chez les enfants issus des milieux défavorisés que les compétences scolaires sont particulièrement en baisse. D’autre part, on constate que ces mêmes enfants sont de moins en moins représentés dans les grandes écoles.

Que faut-il en conclure? Certains journaux, comme par exemple Le Monde , n’hésitent pas : c’est la faute de notre système d’enseignement, qui est entièrement aux ordres d’une élite sociale qui veut le meilleur pour ses enfants, et ne se soucie pas de tous ceux qui restent au bord de la route. Pour y remédier, la solution serait d’en finir avec ces classes préparatoires et dans la foulée avec les grandes écoles, et donc avec, qui coûtent cher, et entretiennent un enseignement à deux vitesses. Solution démocratique ? Non, démagogique.

Car cette solution est en réalité la pire. Elle consiste en gros à couper la tête du malade qu’on n’arrive pas à guérir. Supprimer les grandes écoles ne règlerait rien : on n’améliorerait pas pour autant la formation de la majorité des élèves.

On ne peut d’ailleurs pas se le permettre. Nous avons besoin de l’excellence dans tous les domaines, de la recherche, de la science, de la technique, de l’enseignement. Or, concilier l’excellence et la démocratie, ça n’est pas contradictoire, je vais employer un gros mot : ça s’appelle l’élitisme républicain, qu’un certain nombre d’ouvrages ont grossièrement caricaturé. Le principe de l’élitisme républicain, c’est d’arracher le mot élite à son sens purement social en conférant à l’école la charge d’un recrutement démocratique de l’excellence.

Si, aujourd’hui, l’héritage social l’emporte, c’est parce que l’école n’accomplit plus cette mission. Ni au collège, ni dans le cycle primaire. C’est donc la famille qui y supplée.

Chargé de répondre aux défis d’une prolongation de l’obligation scolaire, le collège n’a rien trouvé d’autre que pour l’essentiel renoncer, au nom de l’égalité, à soumettre les élèves à des exigences sérieuses dans l’acquisition des connaissances. Du coup, c’est le tri social qui l’emporte, et l’énorme vivier des classes populaires demeure largement inexploité. Pour permettre à tous d’accéder au meilleur, il conviendrait donc qu’on mette en place assez tôt des filières adaptées aux goûts et aux capacités de chacun. Mais pour que leur recrutement ne soit pas uniquement social, il faudrait que les enfants arrivent tous au collège bien formés. Or cela n’est pas le cas : ce qui ne va pas, c’est l’enseignement primaire, élémentaire. Et peut-être cela tient-il à la formation des maîtres.

J’y reviendrai encore, croyez-moi.

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