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« Je suis l'homme de ma vie »

3 min

De qui est cette phrase formidable ? De Brigitte Bardot je sais bien que ce n’est peut-être pas le moment de le dire, elle qui en 2012 estimait, je cite, que le FN était « seul capable, je cite, de nous sauver du bordel dans lequel on se trimbale depuis des années »

Ce qu’elle apprécie particulièrement dans le FN c’est qu’il s’attaque aux boucheries halal : on pourrait objecter à Brigitte Bardot que ce n’est peut-être pas uniquement pour des raisons de confort animal... Cela dit, ce n’est pas moi qui contredirai Bardot quand elle demande qu’on arrête de massacrer les phoques à la tronçonneuse pour s’emparer de leurs défenses, et qu’on respecte, ce qui est loin d’être toujours, le cas la loi de 1974 qui impose que l’animal soit assommé avant d’être abattu.

Mais revenons à la citation que j’ai faite tout au début : « Je suis l’homme de ma vie ». Quelle phrase ! Enigmatique, j’en conviens, mais riche de sens, si on y réfléchit un peu. Et très philosophique, en même temps que très féministe. Diable ! Cette phrase, elle l’a prononcée en réponse non à Philosophie magazine, mais à Gala, qui lui demandait d’où venait son «farouche besoin d’indépendance ». Et la réponse a fusé : « Je suis l’homme de ma vie! J’ai eu une éducation très sévère. J’adorais mes parents, mais j’avais hâte de me libérer de cette emprise. Alors, oui, c’est peut-être cela qui a forgé mon besoin de ne dépendre de personne. »

Bardot, féministe ? Après mai 68, on ne voit plus en elle que le symbole de la femme-objet. Or elle a témoigné, dix ans plus tôt, du mouvement irrésistible par lequel les femmes accèdent à une forme d’indépendance qui n’est pas seulement celle des droits, qui ne fait que commencer : droit à l’avortement, à la contraception, au carnet de chèques et au compte en banques. Mais d’abord, au droit de disposer de sa sensualité, de choisir sa façon de vivre et d’aimer. C’est ce qu’écrit Simone de Beauvoir en 1960, Beauvoir à qui du reste BB avait écrit son admiration. « L'érotisme de Bardot n'est pas magique mais agressif. Au jeu de l'amour, elle est autant le chasseur que la proie. »

En 2009 Georges Vigarello, ce grand spécialiste de l’évolution dans la représentation des corps y revient. « L’originalité de Bardot est ailleurs. Son modèle n’est pas simplement lié au désir. Il est lié à l’affirmation de soi: moins objet ici que sujet, moins passivité qu’activité. Brigitte vit à son rythme, choisit ses amours, les abandonne ou les maintient selon une règle qui n’appartient qu’à elle. Elle agit selon sa conscience avec le «courage de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît», dit un personnage de Vadim. Ce que Jane Fonda parlant de Et dieu créa ... la femme décrit comme la convergence d’une esthétique physique et d’un moment culturel: «Le film a été l’un des premiers à parler de la libération de la femme.»

Comme cette chronique aura disparu en septembre, où BB aura 80 ans, je prends donc de l’avance pour souhaiter un bon anniversaire à cette grande libératrice du désir féminin.

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