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La nouvelle littérature russe

3 min

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans les pays bouleversés par de grands changements historiques, la question qu’on se pose est toujours la même : y a t-il une « nouvelle littérature » dans ce pays ?

Ainsi dans les années 89-90, après la chute du Mur : à propos de l’Allemagne de l’Est. Qu’en est-il, se demandait-on, de sa littérature ? Y a-t-il de nouveaux écrivains ? et de quoi parlent-ils ? Comme si on ne pouvait mesurer la profondeur d’un changement, son sens, sa valeur qu’à cette aune : une nouvelle littérature.

Même chose pour les pays du pourtour méditerranéen frappés par les « révolutions arabes ».

D’où la question : y a-t-il une « nouvelle littérature russe » ? La différence, c’est qu’elle se pose pour la Russie de façon fréquente, et régulière. Remontons un peu dans l’histoire au moment du dégel des années 60, on s’est posé la question et on y a répondu : oui, les nouvelles et timides formes de liberté avaient vu l’explosion d’une littérature à demi clandestine, à demi publique. Ce fut l’essor de la revue Almanach.

Même chose après 90 ce qui a émergé cependant était un peu inquiétant, quelques bons auteurs, comme Oulitzkaia ou Makanine, ou encore Prilepine, dans le genre dur et plutôt à droite, mais surtout une explosion de polars. On aurait dit qu’il n’y avait plus que ça !

Et aujourd’hui ? Quelle littérature est possible, quelle littérature s’écrit, dans cette nouvelle Russie, une Russie qui n’arrive pas s’arracher à un pouvoir autoritaire, une Russie que les mouvements contestataires n’arrivent pas à ébranler, peut-être parce qu’ils ne sont pas suivis par la population.

Et en Russie le conservatisme politique se double de conformisme moral sous les formes dures : on vient récemment de promulguer une loi pour réprimer les « actes publics exprimant un irrespect à l’égard de la société dans le but d’offenser les sentiments religieux des croyants ». Et d’interdire ce qu’on appelle la « propagande » pour l’homosexualité. Alors, et la littérature?

La question, en Russie, comme chez nous, c’est : comment faire lire les jeunes ? La Russie n’est plus ce qu’était l’URSS : le pays du monde où on lisait le plus.

On en a beaucoup parlé au salon du livre 2013, qui a fait connaître les jeunes auteurs finalistes du prix « Début ». Très attentives, comme toujours, les éditions de l’Aube l’ont relayé par la publication de deux petits livres, sous la bande «Début », en russe « Debiout ». L’un de Anna Lavrinenko, l’Enfant perdu, l’autre de Alexeï Oline, la Machine de la Mémoire.

Tous deux fort courts. Avec une invasion de marques, de musiques, de références d’une seule époque : celle de la mondialisation. Pas la Tchétchénie ou le monde en développement. Mais une atmosphère de province chamboulée par l’entrée dans la modernité

Celui d’Oline raconte une idylle ratée entre un jeune homme branché et une jeune femme peintre. Celui de Lavrinenko est une parabole encore plus explicite. Le personnage principal est un enfant que sa mère a volontairement perdu dans une gare.

Et qui ne s’en remet pas.

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