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La rentrée

4 min

Il y en a un certain nombre, de rentrées. La rentrée parlementaire ? Elle ne m’inspire pas. La rentrée des vacances ? C’est un thème usé.

Non les deux seules vraies rentrées c’est la rentrée des classes et la rentrée littéraire.

La rentrée des classes nous vaut aussi quelques belles répétitions saisonnières, du genre « les larmes des tout petits dans la cours de recréation » ou la fierté de Bastien qui « rentre » en cours préparatoire Profitons-en pour reprendre nos bonnes habitudes : il ne rentre pas en sixième, il y entre, puisqu’il n’en est jamais sorti…

Resterait la rentrée littéraire : d’ailleurs, en fait de rentrée, c’est une sortie, celle d’un grand nombre de livres en même temps.

Il y en a en fait deux : la première en septembre, la deuxième en janvier. Les auteurs qui veulent un prix ou peuvent en avoir un préfèrent la première, les autres la seconde. Ou n’importe quel moment de l’année, sauf juste avant les vacances : curieux d’ailleurs, car on pourrait penser que c’est le moment où tout le monde va lire.

Naïf que nous êtes et qui croyez encore que la sortie de livres a à voir avec la lecture ! Les livres ne sont pas publiés pour être lus, mais pour être vendus. La rentrée littéraire c’est une rentrée commerciale, pas du tout une grane fête de l’esprit et du cœur, où une foule en liesse accueillerait des livres comme une manne céleste.

C’est peut-être ce qui explique qu’on en publie autant en même temps. Un peu moins cette année, peut-être, tout de même dans les 600 et quelques, répartis entre français et étrangers.

Reste une grande question : qui va acheter tout ça ? Et qui va lire tout ça ?

Faisons un petit calcul : 700 livres à 15 euros, cela représente une somme de 10 500 euros. C’est déjà quelque chose. Et combien peut-on en lire avant le début de la 2ème rentrée, soit en l’espace de 3 mois ? Il faudrait en lire environ 7 par jour pour écluser la production : comme on dispose au mieux d’une heure ou deux par jour pour lire, ça donne une vitesse de lecture pharamineuse. Quelque chose comme 16 pages à la minute : la vitesse moyenne est de 400 mots soit une demie page.

A raison d’un livre par jour, il faudrait 2 ans pour tout lire, et donc pour écluser tout ça, en lire environ 5 ou 6 par jour…

Donc si on en publie tant et en même temps, c’est pour essayer d’obtenir un de ces grands succès de vente (je dis bien, de vente, non de lecture) qui n’est possible que selon une loi proprement darwinienne. Une espèce de sélection naturelle, brutale et sauvage, comme celle qui fait survivre cent petites tortues parmi les milliers qui dévalent une plage vers la mer. On en lance cent, pour qu’il en arrive au moins un au poteau.Le poteau, c’est la très très grosse vente, le but avoué d’un secteur aux abois, l’édition.

Quant à la lecture, reprenez une enquête faite par Livre Hebdo en 2008 : ce qu’on appelle « un lecteur » c’est quelqu’un qui a lu au moins un livre dans le mois qui précède.

Il lui faudrait trente ans pour écluser une seule petite rentrée de septembre.

Allez, bonne lecture tout de même !

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