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L’avenir de la langue française

3 min

On en a parlé il y a une dizaine de jours, mais je voudrais tout de même y revenir. Lors de la semaine de la francophonie, une sorte d’euphorie a régné : non seulement la langue française n’est pas en danger, mais elle est en pleine expansion. Elle est déjà parlée par 220 millions de personnes dans le monde, dont plus de la moitié vivent en Afrique, où le français est une langue d’usage comme d’enseignement. Le développement démographique de l’Afrique nous permet donc prévoir un bel avenir à la langue française à condition d’ajouter que son centre se sera définitivement déplacé : vers 2050, 700 000 000 de personnes parleront le Français, dont 500 000 000 seront des Africains.

Avec toutes sortes de conséquences, que rappelle un récent article de la revue Internet « Slate » : le français en Afrique va évoluer vers une version « tropicalisée ». C’est désormais une langue soumise à des transformations profondes dues à une utilisation « aussi imparfaite que succulente » dit l’article. Je cite le commentaire de Damien Glez, dessinateur burkinabé, qui dirige le Journal du Jeudi , le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

C’est dans les zones francophones d’Afrique que la langue française évolue; ou peut-être faudrait-il dire “les” langues françaises. Certains Africains restent fidèles à la syntaxe la plus ampoulée et au vocabulaire le plus désuet. D’autres malaxent les idiomes jusqu’à les acclimater en un argot changeant, tel le « nouchi » de Côte d’Ivoire »

D’où le contraste entre la langue des élites, parfaite, mais quelque peu désuète voire ampoulée et la langue parlée, imagée, que nous ont restituée depuis déjà un demi siècle des auteurs comme Amadou Kourouma depuis son livre éclatant Soleil des indépendances.

La présence du français en Afrique est une conséquence de la colonisation. L’avenir et le sort du français sont donc, toutes proportions gardées, peut-être en train de rejouer après deux millénaires, ce qui s’est passé avec la langue latine : son extension autour du bassin méditerranéen, liée à l’extension de l’empire romain, a fait éclater le latin en divers rameaux dont sont sorties les langues justement appelées « romanes ». Elles sont toutes issues de différents latins parlés dits « vernaculaires », mot qui signifie « propre à la maison, familial, indigène ». Le latin classique est devenu une langue savante, une langue d’église, ou de diplomatie, de moins en moins parlée. Ça a tout de même pris des siècles.

Le français « classique » a peut-être donc devant lui un avenir comparable à celui du latin, celui de devenir comme le latin classique, une langue de culture, et une norme de régulation, indispensable à la création linguistique. Le latin a joué ce rôle auprès des langues romanes tant qu’il a été enseigné. Le français serait conduit à le jouera auprès des langues qui en sortiront. Car Léopold Sédar Senghor l’a bien dit : « pour pouvoir bousculer, sans dommage, la langue française, il faut, d’abord, l’avoir maitrisée dans de longs exercices, comme le cavalier qui a dompté une pouliche rebelle ».

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