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Lire pour vivre

3 min

Ces trois mots sont de Flaubert, et ils avaient été choisis il y a une dizaine d’années par Alexandre Jardin, grand militant de la lecture, pour un recueil de textes où des auteurs disaient leur amour de la lecture.

On pourrait bien y revenir encore, en ces temps fériés où on a envie de prendre au mot ceux qui disent : Ah ! je lirais bien davantage si j’en avais le temps.

Car la question se pose : au fait, pourquoi faut-il lire ? Pour s’amuser ? Pour se distraire ? Pour se former ? Oui, tout cela à la fois, et surtout, ce sont les mots mêmes de Flaubert : Lisez pour vivre . Je le cite : « Faites à votre âme une atmosphère intellectuelle qui sera composée de l’émanation de tous les grands esprits. Étudiez, à fond, Shakespeare et Goethe. Lisez des traductions des auteurs grecs et romains, Homère, Pétrone, Plaute, Apulée, etc... Quand quelque chose vous ennuiera, acharnez-vous dessus. Vous le comprendrez bientôt, ce sera une satisfaction pour vous. Il s’agit detravailler , me comprenez-vous ? »

Cette lettre se trouve dans le IIème volume de sa correspondance, en date du 6 juin 1857. Comme toute la correspondance de Flaubert, elle est extraordinaire de bout en bout. D’ailleurs les lettres de Flaubert abondent de conseils non pas seulement des conseils de lectures, mais le conseil même de lire. Qu’il adresse aux jeunes écrivains, comme le bien oublié Edouard Gachot : « Lisez les classiques. Vous avez trop lu de livres modernes on en voit le reflet dans votre œuvre », lettre de 1879. Et qu’il s’applique aussi à lui-même : « Il faut prendre l’habitude de lire tous les jours (comme un bréviaire) quelque chose de bon. Cela s’infiltre à la longue. Moi je me suis bourré à outrance de La Bruyère, de Voltaire (les contes) et de Montaigne ».

Le conseil de lire « pour vivre » s’adresse à une femme dont le nom a survécu surtout à cause de sa correspondance avec Flaubert, qui va s’étendre sur 19 ans, Mlle Leroyer de Chantepie. C’est une femme alors âgée d’une cinquantaine d’années, qui vit à Angers. Elle n’est pas mariée, elle consacre sa fortune à aider des nécessiteux, comme on dit à l’époque, elle est catholique mais souvent prise de doute. Et fréquente à Angers les milieux républicains.

Surtout, elle souffre de l’étroitesse de sa vie et de la vie de province. Elle écrit dans des journaux, publie un ou deux romans, va voir l’Océan et des spectacles d’opéra à Nantes. Mais elle s’ennuie. « Si vous étiez un homme, lui écrit Flaubert, je vous dirais : embarquez-vous, faites le tour du monde ! » Mais puisque ce n’est pas possible, alors « faites le tour du monde dans votre chambre, lisez ! » Mais lisez calmement, posément, lisez et relisez, par exemple Montaigne. « Il vous calmera ». « Lisez-le d’un bout à l’autre, et quand vous aurez fini, recommencez ». Lire, en effet, c’est relire.

Et alors s’ouvrira pour vous ce dont « vous ne vous doutez même pas : la Terre ». Et Flaubert écrit Terre, avec une majuscule.

Oui, on ne se doute même pas de ce qui s’ouvre, quand on ouvre un livre. Quelque chose en vous, aussi vaste que l’univers.

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