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Une moyenne de 4 sur 20

3 min

Beaucoup de journaux en ont parlé, on l’a commenté sur différents chaînes de télévision : dans l’Académie de Créteil on a admis au concours de recrutement des professeurs des écoles des candidats qui n’avaient pas 5 sur 20 de moyenne. Ce n’est pas le cas dans toutes les académies, loin de là. Dans certaines académies du midi on en est toujours à un seuil raisonnable de 12 sur 20 de moyenne.

Plusieurs explications à cette affaire de Créteil : c’est essentiellement qu’on n’a pas assez de candidats. Et pourquoi ? Parce que c’est un métier mal payé, mal considéré, et extrêmement difficile du fait des incivilités et autres violences larvées dans le cadre scolaire.

Mais reste tout de même une interrogation de fond : quel est le niveau réel des professeurs ainsi sélectionnés, si on ratisse aussi large ? On a des candidats qui ne sont pas très bien préparés, formés, et pourtant comme dans certains cas, comme à Créteil, on est obligé de les prendre. Au journal télévisé de la 2ème chaîne, le 15 mai, on posait cette angoissante question à un inspecteur de l’éducation nationale. Dans sa réponse il ne se montrait pas angoissé du tout, et balayait d’un mot l’objection. Mais ça n’est pas grave ! Ils vont se mettre au niveau au bout de quelques années, en enseignant. Dans ce qu’il appelait « la pratique pédagogique » on se met à niveau, on se forme très rapidement ... Je peux concéder à la rigueur que le fait d’enseigner oblige à consolider des connaissances légèrement insuffisantes - jusqu’à un certain point seulement. Et de toute façon, en admettant qu’on puisse apprendre sur le tas, ce n’est peut-être pas la bonne façon de faire car elle se réalise aux dépens, et sur le dos des élèves...

Transposons la chose dans le domaine de la médecine. Bon, vous y êtes ? Imaginons le scénario suivant : on a une crise sévère de recrutement dans le secteur de la médecine, on prend en gros tout ce qui se présente, et on envoie ensuite sur le terrain des médecins recrutés avec une moyenne de 4 sur 20. Pas grave ! Ils vont apprendre par la pratique. Dans quelques années, ils auront appris à distinguer le foie de la rate, à ne pas confondre une artère et une veine et à ne pas prendre le duodénum pour une chanson napolitaine... Si ma petite fable vous fait froid dans le dos, c’est qu’il s’agit de médecine.... Mais est-ce moins grave, s’agissant d’enseignement ?

Cela ne va faire qu’aggraver une situation déjà repérée dans un rapport de l’inspection générale de 2013 : selon ce rapport, l’échec actuel de l’école se trouve, je cite, « dans la compétence insuffisante des instituteurs - Ceci sur deux plans : de graves lacunes dans les savoirs disciplinaires, et de graves lacunes pédagogiques ». Notamment chez les plus jeunes, qui sont eux-mêmes le produit de cet enseignement en miettes. Les instituteurs plus âgés ont, eux, bénéficié d'un enseignement primaire et secondaire presque normal. Il faudrait donc aujourd’hui prévoir que les connaissances des futurs instituteurs soient vérifiées en vue de leur recrutement, et leurs lacunes comblées.

Ce n’est pas le cas, on le voit.

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