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Vive le progrès !

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Progrès, progressisme et en face réaction, réactionnaire ou conservateur : autant de noms d’oiseaux qu’on s’envoie régulièrement sur tous les sujets dits de société. Qu’il s’agisse de la croissance, de l’école, du mariage pour tous ou du réchauffement climatique.

Le progrès, d’abord. Le premier moment, c’est le XIXème siècle : la fin des révolutions,les découvertes et avancées de la technique, appliquée au monde de l’agriculture, à la médecine, laissant entrevoir un avenir rayonnant, où règnerait un progrès indéfini. Hugo est le père de ce grand mouvement de confiance dans la marche de l’humanité, symbolisée par la succession des âges. Au loin, loin devant, la lumière, la fin des guerres, l’établissement des Etats Unis d’Europe. Hugo n’est pas aussi optimiste qu’on veut bien le dire, sa confiance dans le progrès est une confiance raisonnée, raisonnable, tempérée par la crainte du retour de la violence et du sang .

Dans ces temps-là, le partisan du progrès se dit un « progressif » puis on va dire « progressiste » : son adversaire est le conservateur ou pire le « réactionnaire », celui qui veut revenir en arrière, restaurer l’ancien ordre des choses. Et dans ce temps-là, il y en a croyez-moi, chez certains chrétiens, chez les monarchistes etc...

Tout cela va sombrer dans la boue et le sang des tranchées qui définitivement marque la fin de l’idée d’un progrès indéfini. L’idée de progrès se voit durablement entachée par les guerres, la montée de régimes autoritaires, et les désastres qu’elle entraîne : pour longtemps, on verra dans les camps de la mort l’image d’un progrès destructeur, retourné en sa caricature infâme. Ajoutons-y la bombe atomique et la découverte des désastres écologiques : le progrès, ah, c’est beau ! Le goulag et le trou dans la couche d’ozone...

Du coup, comme le progrès a très mauvaise presse, le progressiste aussi. C’est en quelque sorte le complice des pires horreurs, et à côté de lui, le « réactionnaire » fait figure d’homme intelligent, qui a compris et retenu « la leçon des faits ». Le progressiste n’est qu’un dangereux rêveur. Il est vrai aussi qu’il se montre parfois assez malhonnête : comme il n’y a pire injure à ses yeux que le mot de « réactionnaire », il en use contre ses adversaires afin de les discréditer. Or le réactionnaire n’est pas forcément quelqu’un qui veut revenir en arrière : c’est quelqu’un qui proteste parfois vivement contre certaines formes du développement...

Et le progrès, dans tout ça ? Est-ce qu’il n’y a plus de progrès possible, dans l’histoire humaine, parce qu’au nom du progrès on a exterminé tant et plus ? Que devient-elle la « splendide promesse faite au Tiers Etat » ? C’était l’expression qu’employait le poète russe Mandelstam, mort en déportation, pour désigner la grande espérance que le stalinisme avait trahie. Faut-il y renoncer ?

A l’évidence, non. Aujourd’hui aucune philosophie totalisante ne nous garantit la continuité du progrès : mais rien ne peut nous faire renoncer à l’idée que les choses pourraient aller mieux qu’elles ne vont. Il est là, le camp du progrès.

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