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Brésil : le capital urbain au coeur du conflit

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Après la Turquie, la révolte au Brésil signale l’importance politique de la ressource spatiale dans notre monde.

Le capital urbain est au cœur du conflit. Doit il être valorisé par de gigantesques infrastructures sportives, ou par des infrastructures de biens communs et de services public ? Cette ligne de front nait à Séoul avec les Jeux Olympiques de 1988. Elle se nourrit des JO successifs à Barcelone, Athènes, Pékin, Londres. Mais aussi de l’Exposition Universelle à Shanghai, et des coupes du monde de football en Afrique du Sud et, donc, au Brésil.

Dans toutes ces villes, ces événements mondiaux furent prétexte à la fabrique hollywoodienne d’un récit merveilleux. Celui de mégapoles modernes, globales, équilibrées, efficaces, fonctionnelles, agréables, attractives. De villes offrant tous les avantages culturel, intellectuel, managérial et économique du capital urbain, sans les inconvénients du gigantisme et du mal développement.

Au Brésil, le pouvoir de gauche a fait le pari suivant : le Mondial de fooball puis les JO de Rio permettront aux villes les plus emblématiques du pays d’écrire une bonne fois pour toute un récit plus fort que celui des favellas, des gangs, de l’insécurité et des prisons en insurrection.

A juste titre, les gouvernements réformistes de Lula et Dilma sont réputés pour leur bienveillance envers le peuple brésilien. En toute bonne foi, ce pouvoir s’est donc autorisé à manipuler un lieu commun planétaire : le Brésil est un peuple de footballeurs. Il comptait ainsi vendre dans le monde une image retouchée en technicolor de ce grand pays inégalitaire et de ses capitales.

Hélas, il s’est pris les pieds dans la pellicule. Comme dans la figure inversée du Carnaval, autre grand lieu commun brésilien, le peuple s’est emparé des attributs des élites. Il investit les scènes de pouvoir que sont les centres-villes autant que les périphéries réaménagées autour de stades flambant-neufs. Il écrit son contre-récit urbain ; il lutte pour l'égalité des transports, de la mobilité et de la ressource spatiale.

A la différence de Rio 2014 et 2016, les manifestations sportives et de prestige planétaires s’étaient jusqu’alors traduites par une amélioration notable des infrastructures de transport, de communication et d’adduction. En dépit de l'augmentation des prix du m², ce bénéfice avait permis l’adhésion des classes moyennes émergentes. Et aussi de contenir dans une invisibilité relative l’éviction des habitants des bidonvilles détruits et des quartiers transformés par ces chantiers urbains.

Chassés par ces gargantuesques et juteuses opérations immobilières, ces perdants pauvres des JO et des Mondiaux se révoltent peu ou sont facilement matés. Faiblement indemnisés, ils sont relogés et relégués à deux ou trois dizaines de km de chez eux. Ils seront 170 000 Cariocas dans ce cas. Avec 400 000 habitants délogés à la baguette pour les JO de 2008, Pékin détient la médaille d’or de ce nouveau sport. Avec la gentryfication du quartier populaire de Stratford, Londres 2012 mérite quant à lui la palme de l’embourgeoisement le plus réussi.

A ce Monopoly planétaire du plus beau récit urbain, et pour le dire avec les mots du Rugby, les dirigeants du Brésil et de ses villes, avec leur révolte des classes moyennes urbaines, décrochent la Cuillère de bois.

Cependant, la solution existe. Elle est française. Le grand perdant des dernières olympiades, Bertrand Delanoë, pourrait, en solidarité, envoyer au Brésil Frigide Barjot. La Ville de Paris vient en effet de l’expulser de son logement social de 173 m². Nul doute que l’égérie de l’agit-prop anti mariage gay saurait fomenter à Rio de festives contre-manif monstre pro foot et pro JO !

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