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Immigration made in USA

2 min
À retrouver dans l'émission

Les personnes migrantes sans papiers sont aux USA onze à douze millions. Les Américains n’ont jamais été aussi proches d’une opération de régularisation massive. La dernière remonte à Reagan : elle bénéficia à trois millions de personnes. Bush fils n’avait pu faire passer son projet. Obama I ne parvint qu’à faire voter une loi donnant aux enfants de sans papiers des titres de séjour de deux ans renouvelables.

Cette fois, le patronat et le grand syndicat proche des démocrates, l’AFL-CIO, ont conclu un accord sur des critères d’obtention de visa pour travailleurs non-qualifiés sans papiers, ainsi que sur la hausse des quotas de migrants. La plupart des adultes concernés travaillent déjà, souvent dans des emplois précaires, saisonniers ou de service à domicile.

L’accord entre les partenaires sociaux a été conclu sous les auspices (vu le sujet, hospice n’est pas mal non plus -) bi-partisans de huit sénateurs chargés de proposer un projet de loi en mai. Le fameux Marco Rubio, étoile montante du Parti Républicain, proche des Tea Party et d’origine cubaine, en est. Les Républicains sont en train de tirer les leçons de leur seconde défaite présidentielle de rang : en 2008 et 2012, les hispaniques, 50 millions d’individus sur 314 millions d’habitants, se sont mobilisés pour voter Obama et son projet d’intégration des migrants sans papiers.

Pourtant, en un mandat, l’administration Obama a expulsé deux fois plus de migrants sans papiers que l’administration Bush fils en huit ans. La régularisation qui s’annonce n’assouplira ni les expulsions, ni la clôture édifiée le long de la frontière avec le Mexique. Parce qu’elle met en oeuvre une injonction paradoxale voire schizophrène, cette politique migratoire est déroutante, souligne Marie-Laure Basilien-Gainche . (http://bit.ly/XyCDzA et http://on.fb.me/10KgZVL )

Quelle est sa cohérence ? Elle ne peut être trouvée dans la dignité de l’homme et la garantie de ses droits, pourtant invoqués, peut être même avec sincérité. Elle découle des calculs économiques et politiques des parties en présence. Comme vient de le déclarer le président Obama : « L’immigration fait la force de l’Amérique. C’est elle qui donne à notre pays son dynamisme » (source : RFI.fr, 25 mars 2013). La cohérence de cette politique migratoire contradictoire est donc à chercher dans une politique normative de classement et de hiérarchisation des individus. Celle-ci est très nettement visible, palpable et mise en scène dans les aéroports (voir les travaux de Jean-Baptiste Frétigny interviewé dans Planète terre et accessibles ici http://bit.ly/XMn0nh).

La possibilité d’être régulé et d’obtenir des papiers en règle est offerte à ceux qui entrent dans les critères. Ceux qui y restent extérieurs sont destinés à la relégation, à la marginalité, à la précarité, aux centres de rétention et à l’expulsion. De quel prix la société américaine payera-t-elle cette ouverture normalisatrice ? On se le demande.

Certes, il sera moindre que celui payé par les 500 millions d’européens pour sa normalisation fermée, les près de 20 000 migrants morts à ses frontières et son penchant à reléguer ses migrants sans papiers, en particulier ceux venus par la Méditerranée. Ils sont pourtant bien moins nombreux qu’en Amérique.

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