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Le pouvoir est à prendre en Europe

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Lors de sa conférence de presse jeudi dernier, François Hollande s’est engagé en faveur d’un gouvernement économique européen. Alors que ce gouvernement existe de fait depuis 2010, de nombreux commentateurs se sont réjouis de cette initiative. Pourtant, éculé, daté et en échec, cet engagement n’est plus à l’échelle de la situation.

La situation est la suivante : un, seuls les pays européens ne sont pas sortis de la crise économique et financière mondiale de 2008 et 2009. Deux, depuis vingt ans, l’Etat providence et la cohésion sociale reculent partout en Europe. Ceci, explique Helmut Schmidt dans le mensuel Au Fait , alors que l’Etat social, cette conquête du mouvement socialiste européen, progresse partout ailleurs. Trois, si l’on suit l’analyse de Jacques Rancière ce 9 mai dans le Monde , les souverainetés populaires sont agressées et affaiblies depuis 40 ans par le capitalisme post-fordiste. Comme le démontre également Saskia Sassen dans son dernier livre, ce capitalisme, prédateur et dé-territorialisé, parvient dans chaque pays et à différentes échelles, à infiltrer ou asservir les logiques d’Etat et les personnels politiques. Enfin, par son avidité, ce capitalisme globalisé épuise ressources et matières premières, et donc, là aussi, notre liberté.Etat-Providence, cohésion sociale, démocratie : si les trois grands produits de 150 ans de mouvement ouvrier et de quatre siècles d’humanisme puis des Lumières sont agressés et affaiblis, c’est bien que l’Etat divergent d’avec les souverainetés nationales et populaires. Dans les pays européens, l’Etats et le personnel politique ne jouent plus leur rôle historique : assurer l’intérêt général. Or, le gouvernement économique, c’est encore faire comme si la solution réside dans l’accroissement du pouvoir des chefs d’Etats, des administrations et des ministres nationaux réunis en conclave à Bruxelles. Cette modalité du pouvoir européen est devenue inefficace. Son temps est révolu. Il n’y a donc aucune chance pour que le ‘gouvernement économique européen’, cette initiative molle et vieillotte, ne stoppe l’hémorragie d’électeurs socialistes ou démocrates-chrétiens vers des partis qui, pour sortir de la crise, programment de briser la construction européenne et de se replier sur un Etat national dépassé par les événements.Il faut donc proposer autre chose. Puisque les Etats ne permettent plus aux nations d’Europe d’exercer leur souveraineté, il est temps d’acter cette divergence et de reconstruire en d’autres lieux l’exercice des souverainetés nationales et populaires. Précisément et c’est une chance, l’Union européenne n’est pas un Etat. Et, comme le rappelle Ulrich Beck et Edgar Grande dans Pour un Empire européen , elle n’en prend pas le chemin. C’est à l’échelle européenne que les peuples pourront se réapproprier ce qui relève du régalien comme du démocratique, de la protection sociale comme des ressources. Beck et Grande relèvent que le fonctionnement de l’UE, car elle n’est pas un Etat, se prête particulièrement au développement du contrôle du pouvoir par la société comme au principe d’intervention du peuple et des citoyens. Mais il faut pour cela marginaliser nos propres Etats et nos propres dirigeants politiques. Bref : sans dynamisation de l’Europe, aucune des nations européennes ne fera le poids, que ce soit face au capitalisme dé-territorialisé, ou face aux croissances démographiques et économiques d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Mais, sans re-création de la démocratie en Europe, il n’y aura pas de re-dynamisation européenne. Ce ‘gouvernement économique’ est au citoyens européens ce que le marchand de sable est aux enfants. Le pouvoir est à prendre en Europe.

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