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Les vaccins contre le Covid-19 sont-ils dangereux pour l'ADN ?

Covid-19 : les vaccins peuvent-ils modifier l'ADN ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Les vaccins administrés contre le CoVid-19 peuvent-ils s'intégrer à notre génome ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Les vaccins contre le Covid-19 sont-ils dangereux pour l'ADN ?
Les vaccins contre le Covid-19 sont-ils dangereux pour l'ADN ?

Alors que les gouvernements organisent la logistique de la vaccination contre le Covid-19, des interrogations naissent autour de risques supposés de certains vaccins sur notre ADN. Les vaccins développés par Moderna et Pfizer-BioNTech sont visés, notamment parce qu'ils utilisent les ARN messagers. 

Cette technologie médicale, expérimentée pour la première fois à si grande échelle et encore mal connue du grand public est accusée par certains de pénétrer dans nos cellules pour y modifier notre ADN. Mais est-ce vraiment le cas ? Pour répondre à nos interrogations, nous avons demandé à Bruno Pitard, directeur de recherche CNRS et chercheur Inserm au centre de recherche en immunologie Nantes-Angers.

Les vaccins peuvent-ils modifier l’ADN ?

Bruno Pitard : "L'ARN messager utilisé pour la vaccination n'a pas pour objectif d'aller dans le noyau. Seul le cytoplasme est nécessaire à son fonctionnement. Dans une cellule, il y a plusieurs compartiments, il y a une grande membrane extracellulaire. Après, à l'intérieur, il y a différents organites. Et puis, au centre, il y a un noyau qui contient toutes les molécules d'ADN. Les molécules d'ADN sont là pour conduire à la production de certaines protéines nécessaires au fonctionnement de la cellule. Les ARN messagers sont localisés dans un autre endroit. Ils ne sont pas localisés dans le noyau. "

Et pour les vaccins à vecteur viral, comme celui d’AstroZeneca ?

Bruno Pitard : "Dans le second cas, l'adénovirus est un virus à ADN. Donc quand l'adénovirus rentre dans nos cellules, s'il s'arrête au niveau du cytoplasme, comme les ARN messagers le font, il ne va rien se passer. L'adénovirus ne va pas être capable de produire la protéine S du coronavirus. C'est pourtant ce qu'on lui demande de faire pour que notre système immunitaire produise des anticorps contre la protéine S du coronavirus. Donc, l'adénovirus a besoin d'aller une étape plus loin. Il a besoin d'aller jusque dans le noyau pour amener le morceau d'ADN qui code pour la protéine S du coronavirus. 

En fait, cet ADN va être pris en charge comme notre ADN quotidien pour être transformé en ARN messager qui va descendre dans le cytoplasme des cellules pour être pris en charge par les unités ribosomales pour être produit en protéines. Est-ce que c'est grav e? Les chercheurs qui ont produit cet adénovirus ont pris la précaution d'enlever un certain nombre de fonctions. Ce n'est pas de l'adénovirus sauvage qui est utilisé. On va juste utiliser les capacités de vectorisation de l'adénovirus. On va lui enlever tout ce qu'on ne voulait pas à l'intérieur, toutes les protéines qui ne correspondait pas à la fonction qu'on veut lui faire réaliser : le transport. Donc, il n'est pas équipé de systèmes d'intégration dans le noyau. Il n'est pas capable de s'intégrer dans le patrimoine génomique de l'individu à vacciner. "

Pfizer et BioNTech auraient commandé des millions de flacons avant même le début de la pandémie...

Bruno Pitard : "Les sociétés BioNTech et Moderna, en novembre 2019, c'était déjà des entreprises qui étaient en cours de développement d'un certain nombre de vaccins. Ils avaient leurs propres programmes de développement interne de vaccin contre Zika, BioNTech dans le domaine du cancer. Après s'ils avaient commandé des flacons, c'était peut-être pour l'usage des produits qu'ils ont actuellement en cours de développement. "

Ces vaccins sont une aubaine pour les géants de “Big Pharma”...

Bruno Pitard : "Les vaccins se développent sur des technologies qui sont issues de start-ups. Même si BioNTech est associé au géant pharmaceutique Pfizer, il ne faut pas oublier que ce sont des sociétés qui ont été créées il y a moins de dix ans, qui contiennent à peine un millier d'employés par rapport à des géants pharmaceutiques qui ont plus de 100 000 employés. Donc cette technologie vient de petites entreprises. Mais ça ne vient pas de Big Pharma."

Quelle est la part de la recherche universitaire dans cette course aux vaccins ?

Bruno Pitard : "Elle est très forte parce qu'aujourd'hui, si on devait faire l'historique de la vaccination ARN, c'est quelque chose qui a commencé il y a 25 ans. On a commencé par synthétiser des transporteurs, parce que l'ADN ou l'ARN ne sont pas capables de rentrer seuls dans une cellule. Il faut les aider. On s'est inspiré de la nature, on a développé des systèmes originaux pour être capables de transporter des molécules d'acides nucléiques à l'intérieur de la cellule. C'est une activité qui a eu lieu dans des environnements de recherche académique il y a à peu près 25 ans. 

Aujourd'hui, on arrive au résultat de ce continuum qui a eu lieu à la fois dans la recherche académique et la recherche de start-ups. Le design de la protéine S utilisé par Moderna et BioNTech a été conçu par une équipe de recherche aux Etats-Unis, qui bénéficie d'ailleurs de l'expérience du SARS-Cov-1, en 2002-2003. Il y a eu à cette époque un premier design de la protéine avec quelques modifications dans sa séquence en acides aminés pour la rendre plus stable. Donc on avait déjà en 2002-2003 des vaccins à ADN en phase 1. On avait déjà montré qu'avec cette stratégie ADN, on était capable chez l'homme, dans une phase 1 de faire des anticorps contre la protéine du SARS-Cov-1."

Les nanoparticules présentes dans le vaccin peuvent-elles servir à “tracer” les citoyens via la 5G ?

Bruno Pitard : "Je pense qu'il y a une confusion avec l'aspect des nanoparticules lipidiques. Le système de transport est basé sur des nanoparticules lipidiques qui peut faire penser à des nanoparticules transportant autre chose. Pour démystifier un peu les choses, ces nanoparticules, utilisées en l'espèce pour ces deux vaccins, sont constituées de quatre composants. Un premier lipide, qui va être chargé positivement. Après pour constituer une particule lipidique, on va utiliser du cholestérol, qui est un constituant naturel de nos membranes. On va utiliser un phospholipide avec 18 atomes de carbone, qui est aussi un composant de nos membranes. Et puis, on va utiliser un lipide avec des chaînes de Polyéthylène glycol (PLG) pour permettre, lorsque toutes les particules sont formées, d'éviter qu'elles s'agrègent ensemble. Donc ce sont bien des nanoparticules, mais des nanoparticules qui miment des fonctions naturelles."

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