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Le variant anglais affecte-t-il davantage les plus jeunes ?

Le variant anglais du SARS-CoV-2 touche-t-il plus les enfants ?

9 min
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La mutation du SARS-CoV-2 repérée en Angleterre est-elle plus contagieuse et dangereuse pour les enfants ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Le variant anglais affecte-t-il davantage les plus jeunes ?
Le variant anglais affecte-t-il davantage les plus jeunes ? Crédits : Radio France

Alors que le Royaume-Uni vient de revenir à un confinement dur de l’ensemble de sa population suite à l’importante flambée épidémique que connaît le pays depuis quelques semaines, de nombreuses questions se posent sur ce nouveau variant. Nommé B.1.1.7 cette mutation du SARS-CoV-2 serait associée à une hausse de l’infectiosité et donc à une diffusion plus rapide, "jusqu’à 70% plus facilement" selon le Premier Ministre Boris Johnson.

Une infirmière du King’s College Hospital de Londres affirme que le pays connait une explosion du nombre de cas d’enfants et de jeunes adultes, jusque là plutôt épargnés par l’épidémie. Elle évoque "des salles entières [de l’hôpital] remplies d’enfants atteints de COVID".

Nous avons demandé à Astrid Vabret, professeure de virologie et cheffe de service du laboratoire de virologie du CHU de Caen de nous éclairer sur cette mutation.

Le variant anglais touche-t-il plus les enfants ?

Pr. Astrid Vabret : "Pour l'instant, on ne le sait pas. Les déclarations de cette infirmière britannique ont été contredites par les autorités sanitaires du Royaume-Uni qui ont montré à la fois le pourcentage et le nombre d'enfants hospitalisés. Donc une petite augmentation, mais sur des chiffres très bas, et qui est liée au nombre de cas puisque bien évidemment, le nombre d'hospitalisations étant un pourcentage du nombre de cas infectés, ce nombre d'hospitalisations augmente. À l'heure actuelle, on ne sait pas si ça touche plus les enfants, mais en tout cas ça a été démenti. Il faut savoir quand même que sur l'infection par le Sars-Cov-2 et les enfants, il y a des disparités dans le discours puisque certains considèrent que les enfants sont moins affectés que les adultes, d'autres pas. Ce dont on est sûr, c'est que les enfants font très rarement des formes graves. Ça, on le sait. Après, le taux d'infection et les niveaux de charge virale de virus qui se multiplient dans les voies respiratoires semblent être équivalents à ceux des adultes quand ils sont infectés.

Pourtant, la prépublication d'une étude anglaise n'évoque-t-elle pas plus de cas chez les moins de 19 ans ?

Pr. Astrid Vabret: "Il faut savoir ce que c'est qu'un enfant. On sait déjà depuis longtemps - les premières études d'Arnaud Fontanet l’ont montré - qu'un adolescent se comporte comme un adulte. Donc, si vous me dites que c'est inférieur à 19 ans, mais que l'ensemble des cas se concentre entre 14 et 19 ans, pour moi, ce ne sont plus des enfants. Donc un enfant, on pourrait grossièrement considérer que c'est un individu prépubère, donc ça, c'est à préciser. Pourquoi on ne sait pas ? C'est parce que tout va trop vite dans le Covid. D'ailleurs, vous vous me parlez d'une prépublication. Il y a une sorte de tyrannie de prépublications avec le Covid, on est amené à discuter des publications avant qu'elles n’aient été relues. Et même s'il s'agit de publications très sérieuses, c'est une sorte de tyrannie et donc tout va trop vite. En fait, on nous demande de savoir des choses avant d'avoir examiné ces choses. On ne peut pas connaître les choses avant ou pendant qu'on les vit."

Que sait-on de ce variant anglais ?

Pr. Astrid Vabret: "Ce qu'il faut retenir du variant anglais tout d'abord, c'est que dans la vie des virus, plus vous laissez un virus se multiplier, plus les risques pour nous et les chances pour lui de sélectionner des variants sont grands. Et ce qu'il faut voir, c'est que d'abord, ce variant, il a été identifié en Angleterre, mais on ne sait pas d'où il vient vraiment puisque déjà, la façon de regarder les variants, le niveau de séquençage, l'application, le financement du séquençage n'est pas le même selon les pays. Donc, on manque encore de données. On l'appelle le variant anglais, mais il vient peut-être d'ailleurs. Et ce qu'on sait, c'est qu'il était peu présent, fin novembre, début décembre, il est apparu vers septembre, et qu'il est devenu quasi équivalent, voire majoritaire. Mais le virus n'est pas le seul en cause dans la transmission. Nous n'avons pas vraiment encore de preuve que ce variant aurait des propriétés biologiques de transmissibilité plus importantes. Les 70% annoncés par Boris Johnson, on aimerait bien savoir vraiment d'où ils viennent. Mais en fait, si ce virus infecte des gens qui ont énormément de contacts sociaux, qui sont ce qu'on appelle de super propagateurs, ça peut aller vite. Il y a encore du travail à faire pour comprendre pourquoi il y a cette flambée épidémique au Royaume-Uni. Ça ne vous a pas échappé nous ne sommes pas synchrones dans le confinement, les couvre-feux au niveau de l'Europe et, avant Noël, alors que nous, on était encore en confinement, eux avaient un confinement levé. Tout le monde a fait ses courses à Londres, etc. Et donc on est un petit peu, on a un peu décalé."

Pourquoi n'est on pas sûr que ce variant est plus contagieux ?

Pr. Astrid Vabret: "Ce variant anglais, il présente un ensemble de mutations sur le gène qui code une protéine très importante pour la fonction du virus. Certaines de ces mutations se trouvent dans des endroits clés, notamment une, par exemple, qui se trouve sur la partie de la protéine qui va adhérer à la cellule pour entrer dans la cellule. Il y a des méthodes virologiques expérimentales en laboratoire pour voir si ça augmente la pénétration dans la cellule. Ces études-là, je ne les ai pas vraiment vues, mais je veux bien croire les Anglais, qui ont d’excellents virologues. Et donc, il se peut que ce variant ait un pouvoir accru de rentrer dans nos cellules ce qui serait un des facteurs qui augmentent la transmission. La difficulté de fonctionnement des virus, c'est qu'on ne peut pas faire des choses simples. Ce sont des phénomènes complexes, multifactoriels et il y a le temps qui joue beaucoup. À un moment donné, un variant peut avoir un avantage par rapport aux autres variants et il en profite."

Est-ce que ce variant va "envahir" la France ?

Pr. Astrid Vabret: "Il est déjà présent. Le Centre national de référence en a détecté au moins une vingtaine. C'est inéluctable. On se rend compte de ce qu'on savait déjà depuis longtemps, c'est que des virus à transmission respiratoire, des virus qui se transmettent bien, c'est très, très difficile d'y échapper. Il faut bien comprendre que les virus n'ont pas de frontières et que c'est extrêmement difficile à pister. L'effet que ça a eu probablement c'est d'accélérer le programme prévu de vaccination en France, ce qui est peut-être une bonne chose. "

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