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1915-2015, le martyre des chrétiens d'Orient

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À retrouver dans l'émission

« La situation est tragique », vous dit au téléphone, le patriarche de Babylone, Louis Sako, au début de votre livre, Sébastien de Courtois. Il poursuit : Les gens marchent sur des chemins brûlés par le soleil. Plus de cent mille chrétiens sont partis dans l’urgence, le dos au mur. Ils n’ont rien pris avec eux. Nous n’avons pas de nouvelles… Les images que je vois à la télévision depuis ce matin, me rappellent les massacres de 1915… Oui, un siècle déjà et l’histoire se répète. Aucune leçon n’a été tirée du passé . »

Cette référence à l’année 1915 court tout au long de votre livre. Or, si nous savons à présent que cette année fut celle de la « Grande catastrophe », le génocide des Arméniens, nous ignorons très généralement que ce fut aussi celle de « l’année du sabre », pour d’autres chrétiens, les Assyriens. considérés comme une « cinquième colonne » de la Grande-Bretagne, avec laquelle était en guerre la Turquie, alliée de l’Allemagne.

Ce sont les souvenirs de « l’année du sabre », qui reviennent, avec la « conquête » par l’Etat islamique de quartiers et de villages chrétiens, durant l’été 2014. La lettre « noun » tracée sur les portes des maisons des familles chrétiennes, prélude aux massacres les populations incapables de se défendre qui fuient en abandonnant tout sur des routes poussiéreuses en plein soleil, regardant derrière eux la fumée de leurs églises en flammes…, oui tout cela rappelle horriblement les massacres des chrétiens, commis il y a cent ans par les Jeunes-Turcs - des idéologues nationalistes et laïcs.

Dans un article récent article publié par le grand quotidien libanais L’Orient Le Jour, auteur d’un livre retraçant le martyre des Assyro-chaldéens, intitulé Qui s’en souviendra ?, (paru dans la maison d’édition Le Cerf, que vous dirigez Jean-François Colosimo), revient sur cette tragédie de 1915 elle fit de ces communautés chrétiennes, sans doute parmi les plus anciennes du monde et dont l’origine remonte plusieurs siècles avant l’islam , les victimes collatérales du génocide arménien. Remontons le temps afin d’essayer de comprendre.

A la veille de la Première guerre mondiale, l’empire ottoman s’est vu chasser des Balkans au cours de la guerre de 1912. Ayant perdu la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et le Monténégro, les Jeunes-Turcs revenus au pouvoir en 1913 caressent un projet de purification ethnique de l’Anatolie orientale et du Caucase . « La seule carte qui leur restait à jouer », dit Yacoub. Or, y vivaient, outre les deux millions d’Arméniens, plusieurs centaines de milliers d’Assyro-chaldéens. La guerre mondiale servira de prétexte et de déclencheur au massacre. Le Hakkâri , à la frontière de l’Irak et de l’Iran, une région difficilement accessible, était devenu le refuge de 100 000 Assyriens pratiquant le culte nestorien. En 1918, il n’y restait plus personne. La population avait été massacrée. Ceux qui avaient pu s’échapper avaient pris le chemin de l’exode vers la Syrie, alors sous protectorat français. D’autres avaient rejoint les communautés chrétiennes d’Irak, à Bagdad, à Mossoul ou Kirkouk.

Aujourd’hui, ce sont leurs descendants qui doivent fuir à nouveau, abandonnant tout derrière eux.

C’est, écrivez-vous, « un peuple à l’abandon qui ne sait plus vers où se tourner pour être entendu. » Beaucoup se sont réfugiés dans le Kurdistan autonome , qui les accueille volontiers, ainsi que les Yazidis. D’autres attendent désespérément, à Istanboul, un visa pour émigrer en Europe. Le grand exode des derniers chrétiens d’Orient a commencé. Ils laissent derrière eux les traces d’une civilisation deux fois millénaires, des ermitages, des églises, des bibliothèques que, dans sa rage nihiliste, l’Etat islamique détruit, privant l’humanité d’un trésor culturel inestimable, le legs du christianisme originel.

Puisque personne ne veut les défendre et qu’ils sont trop faibles pour le faire eux-mêmes, qu’attendons-nous pour accueillir ces familles dont vous mettez en lumière l’extrême dignité qu’elles sont parvenues à conserver dans leur épreuve ?

génocide des chrétiens d'Orient
génocide des chrétiens d'Orient Crédits : sans - Radio France
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